Small is beautiful ?

Au temps de mes études dans les années 70, en pleine période plébiscitaire et dans la mouvance de mai 68, prévalait l’idée du « small is beautiful », plus c’est petit plus c’est beau  !

La mondialisation, les immenses changements économiques et technologiques de ces 30 dernières années montrent à quel point il est aujourd’hui important pour les individus, les régions et les entreprises d’être en réseau avec de grands centres qui réunissent des structures dont nous avons quotidiennement besoin : écoles supérieures, grands hôpitaux, aéroports, centres culturels et administratifs, etc.

L’exemple de la situation hospitalière du canton du Jura est de ce point de vue particulièrement parlant. Ce canton a dépensé en 2012 environ 29,5 millions de  francs ( 13 millions de plus qu’en 2011 !) pour les hospitalisations extra-cantonales de patients jurassiens qui ne pouvaient pas être soignés sur place car ils nécessitaient des soins de haute technologie ou des compétences particulières que le canton ne pouvait pas leur offrir.

Ces dépenses ont considérablement alourdi le déficit du canton du Jura en 2012.

La création d’un nouveau canton élargi ne règlerait pas le problème de ces hospitalisations extérieures pour les  habitants de l’actuel canton du Jura, mais par contre pénaliserait fortement les habitants de l’actuel Jura bernois qui peuvent être hospitalisés sans problème et sans frais supplémentaires à l’Hôpital universitaire de l’Ile à Berne.

La volonté de délimiter les cantons par de strictes frontières linguistiques est réductrice et va à l’encontre de la création de réseaux par régions, efficaces et modernes. Plus que cela, cette volonté heurte l’esprit confédéral.

La diversité des langues, des cultures, des origines et notre manière bien helvétique de vivre ensemble ces différences fait justement l’originalité de ce pays mais aussi sa force et sa cohésion souvent citées comme modèle dans le monde.

Le maintien de cette unité est un chemin difficile et exigeant. De ce point de vue, le canton bilingue de Berne, avec ses qualités et ses défauts, a su trouver un équilibre largement acceptable pour tous ses habitants. Ne cassons donc pas ce qui fonctionne correctement et demeure sans cesse perfectible. L’exemple dramatique des divisions linguistiques rigides et hermétiques de la Belgique est à éviter absolument.

Pour l’avenir de notre région il est bien plus difficile et peu spectaculaire de défendre un statut actuel, sans doute imparfait, que de promettre des lendemains lumineux et spéculatifs !

Habitants du Jura bernois, nous avons notre identité propre: nous sommes francophones, jurassiens, romands et citoyens à part entière d’un grand canton bilingue; somme toute, ce n’est pas si mal !

André Piguet, Moutier, membre du comité « Notre Jura Bernois »

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