L’interrogation d’un nul

Je suis un partisan raisonné et raisonnable du non. Je l’étais déjà en 1974. Quel est le portrait que tracent de moi les partisans du oui ? (Les mots et les phrases en italique sont des citations authentiques extraites des textes de partisans du oui).

Ma personnalité profonde est dominée par la peur. Cent fois, deux cents fois, le constat est répété : j’ai peur du changement, peur de l’avenir, peur des autres, peur de la différence, peur de la nouveauté, etc. ; je suis également saisi par l’angoisse de devoir réfléchir, de donner mon avis, d’agir, de vivre ! Je me berce d’illusions, je prête l’oreille à tous les discours apeurés et apeurants, finement prémâchés par d’éminents devins et ô malheur, j’ai peur également d’ouvrir le livre interdit du questionnement et de l’ouverture (Faux : je consulte régulièrement les rapports de l’Office fédéral de la statistique et les rapports du gouvernement jurassien !). Bref, sans réelle personnalité, suiveur, je préfère le vide idéologique et, selon l’ambassadeur de Suisse à Belgrade, je devrais réfléchir et abandonner cette posture de sur-assuré pour rejoindre les entrepreneurs partisans du oui et ne pas faire confiance à la mansuétude un peu paternaliste du canton de Berne. Finalement je prends constamment des vessies pour des lanternes ; je me laisse bercer sans intelligence critique et sans volonté propre par des promesses fallacieuses, des coquilles vides, style statu quo+.

J’ai gardé le souvenir de cette musique ancienne dans l’oreille : il y a quarante ans, elle était tonitruante et les paroles de cet opéra guerrier fustigeaient les vendus, les traîtres, les casques à pointe et les Suisses allemands. Fréquemment, le décor était dévasté, voire prenait feu. Aujourd’hui la musique est plus doucereuse ; elle tente de charmer : les flûtes douces ont remplacé les timbales et les cymbales. Mais le regard est toujours aussi disqualifiant avec ce zeste de mansuétude prétentieuse qui fait sourire et agace. Finalement pour quelle(s) raison(s) les partisans du oui souhaitent-ils l’adhésion et la collaboration d’un nul comme moi à un projet extraordinaire qu’il peine à comprendre vu ses limites ? Je ne suis certainement pas le seul dans le coin à me poser cette question.

Claude Merazzi, anc. dir. Ecole normale de Bienne et CIP (1974 – 2006), St-Imier

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