Le différend entre les autorités genevoises et l'Usine s'exacerbe

Le différend entre les autorités genevoises et l'Usine s'exacerbe

Photo: Keystone

Le conflit entre les autorités genevoises et l'Usine est monté d'un cran. Le Conseil municipal de la Ville a décidé de bloquer les subventions du centre culturel autogéré pour 2016, s'il ne met pas ses cinq buvettes aux normes.

Au coeur du litige, la nouvelle loi sur la restauration, le débit de boissons, l'hébergement et le divertissement que le Département cantonal de la sécurité et de l'économie (DSE) est chargé d'appliquer. L'Usine refuse de se plier à l'obligation de déposer cinq demandes d'autorisation pour ses buvettes, au lieu d'une seule pour l'ensemble du bâtiment.

Dans une interview publiée jeudi par la Tribune de Genève, le conseiller d'Etat en charge du DSE, Pierre Maudet, rappelle que la loi repose sur la notion de responsabilité pour les tenanciers d'établissements.

'Concernant l'Usine dont les débits de boissons représentent des chiffres importants, on exige qu'il y ait pour répondant des personnes physiques, détentrices des autorisations. Car c'est l'Etat qui est désigné responsable en cas de problème'. Le ministre réfute vouloir fermer l'Usine. 'Ce n'est ni le débat ni l'intention', assure-t-il.

Subvention bloquée

Autre acteur du litige, le Conseil municipal de la Ville de Genève. Sa majorité de droite a fait passer mercredi soir deux textes 'punissant' l'Usine.

Premier coup de semonce, une résolution, non contraignante, sera transmise à l'Exécutif. Elle exige que l'Usine demande sans délai cinq autorisations afin de se mettre en conformité avec la loi. Elle a été acceptée par 41 'oui' contre 36 'non', selon le secrétariat du Municipal.

Le deuxième objet, une délibération, a recueilli 40 'oui' contre 36 'non'. Elle prévoit que la subvention globale de l'Usine pour 2016, environ un million de francs via la mise à disposition du bâtiment, soit suspendue, tant qu'elle ne se conforme pas aux exigences de la loi.

En outre, les coûts des dégâts de la manifestation qui a réuni un millier de personnes le week-end dernier en soutien au centre culturel lui seront déduits. Ce deuxième texte sera sujet au référendum facultatif dès son affichage au pilier public le 5 novembre.

Loi inadéquate

L'Usine se dit choquée du déferlement de haine et d'incompréhension dont elle a fait l'objet au Conseil municipal, relève Clément Demaurex, porte-parole. 'On nous considère comme des sauvages, des hordes de barbares', souligne-t-il.

Le centre autogéré est déçu que sa demande de dialogue via un renvoi en commission ait été refusée, tout comme la proposition de médiation du conseiller administratif en charge de la culture Sami Kanaan. 'Ce que l'on demande, c'est une reconnaissance du caractère unitaire de l'Usine et de ses activités culturelles. On n'est pas un club, ni un restaurant', relève le porte-parole qui regrette la mainmise du politique sur les aides culturelles.

Casser le positif

'Alors que pendant 20 ans, nous n'avons eu besoin que d'une seule autorisation, on nous propose un cadre avec des cases, quitte à dénaturer et à casser des activités positives', déplore le permanent. Supprimer les subventions que la Ville de Genève octroie à l’association signifie mettre ses membres à la porte et la cessation de toute activité.

Or, l'Usine fait fructifier ces subventions: '5000 personnes en profitent chaque semaine', rappelle le permanent. 'Nous ne sommes que le canal, c'est stupide de nous punir'.

L'Usine est un centre culturel alternatif actif depuis 1989. Composé de trois salles de concert, d'un cinéma, d'un théâtre et de plusieurs ateliers de création, quelque 80 événements y sont organisés chaque mois.

/ATS
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