L'extrême droite ne remporte aucune région au second tour

La France dit non à l'extrême droite

Photo: Keystone

L'extrême droite française n'a remporté dimanche aucune région. Elle a été bloquée dans son ascension par la mobilisation d'électeurs inquiets de son accession au pouvoir 16 mois avant la prochaine présidentielle.

Selon des résultats définitifs, la droite remporte sept régions, dont la région parisienne dirigée depuis 17 ans par la gauche. La majorité présidentielle de François Hollande limite les dégâts avec cinq régions gagnées sur 13 en métropole. La Corse a été remportée par les nationalistes, une première, distançant la gauche, la droite et le Front national (qui n'a recueilli que 9,8% des voix).

Ces résultats, après un succès historique au premier tour des régionales, sont un camouflet pour les trois figures emblématiques du FN et en premier lieu pour sa présidente Marine Le Pen, 47 ans, grande perdante dans le Nord. Sa jeune nièce Marion Maréchal-Le Pen, 26 ans, a dû s'incliner dans le Sud, tout comme Florian Philippot, 34 ans, stratège du parti, dans le Grand Est.

Mais le FN, avec un discours europhobe et anti-immigration, grimpe depuis cinq ans en surfant sur le rejet, notamment par les classes défavorisées, des partis classiques impuissants face à la crise économique et au chômage (10,6% avec l'outre-mer).

'Le danger de l'extrême droite n'est pas écarté, loin de là', a réagi le Premier ministre socialiste Manuel Valls. Il a salué un 'élan très digne' des électeurs face au FN mais assuré que les résultats ne donnaient lieu à 'aucun soulagement, aucun triomphalisme'.

'Victoires qui font honte'

Lui faisant écho, le chef de l'opposition de droite, Nicolas Sarkozy, contesté dans sa formation Les Républicains, a jugé que 'cette mobilisation ne doit sous aucun prétexte faire oublier les avertissements qui ont été adressés à tous les responsables politiques'.

Après des résultats accueillis par ses militants dans un silence de cathédrale, Marine Le Pen a assuré que 'rien ne pourra nous arrêter' pour la présidentielle de 2017. Tandis que sa nièce a lancé: 'il y a des victoires qui font honte aux vainqueurs'.

Le FN a des motifs de consolation. Il progresse depuis le premier tour et réalise son meilleur score national jusqu'alors en pourcentage, 28%. Mais le fait marquant, ce sont les 6,8 millions de voix qu'il a engrangées, ce qui permet au FN de dépasser les 6,4 millions de voix de la dernière présidentielle en 2012. La participation était pourtant de 20 points supérieure.

Dans son édito à paraître lundi intitulé 'Cette victoire est surtout une non-défaite', le quotidien de gauche Libération estime que si 'le sursaut a eu lieu', 'c’est la peur de l’extrême droite qui a mobilisé la gauche et non l'adhésion'. Il reste un an au gouvernement de gauche pour 'réhabiliter l'action politique'.

Le quotidien de droite Le Figaro juge, lui, que les résultats imposent aux adversaires du FN 'de se montrer à la hauteur de la confiance qui leur a été renouvelée' par les électeurs.

'L'impasse du FN'

Selon le politologue Jean-Yves Camus, le résultat de ce dernier scrutin avant la présidentielle de 2017 'tend à confirmer qu'il y a une impasse pour le Front national: c'est un excellent parti de premier tour, mais il ne sait pas aller au-delà'. Pour 2017, les instituts de sondage donnent Marine Le Pen qualifiée au deuxième tour, après une première position au premier tour.

Les régions françaises, réduites récemment à 13 contre 21 pour porter leur taille au niveau des Länder allemands, sont les seules collectivités à pouvoir aider directement des entreprises. Elles sont aussi compétentes en éducation et dans les transports.

Avec au soir du 6 décembre le plus fort score au niveau national (28%, et jusqu'à 40% dans le Nord et le Sud), le FN était en tête dans six régions, dont deux des trois voisines de la Suisse, en Alsace-Lorraine-Champagne-Ardennes et en Bourgogne-Franche-Comté. Il tablait sur le rejet des partis traditionnels et sur les peurs provoquées par les attentats djihadistes du 13 novembre à Paris.

Paris et l'Alsace à droite

Mais la participation des Français au second tour a été nettement plus importante qu'au premier (58,53% contre 50,08%), signe d'une plus grande mobilisation saluée par les responsables de droite et de gauche comme un 'sursaut républicain'. La gauche avait sacrifié ses listes dans le Nord et le Sud en appelant à voter pour la droite.

En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, le candidat de la droite, Philippe Richert, l'a ainsi emporté par 48,4% des voix contre 36,4% au candidat du FN Florient Philippot. Et pour la région parisienne (Ile de France), la droite et ses alliés centristes ont obtenu entre 43,2 et 44% des voix, contre 41,8 à 42,9% pour le PS, allié aux écologistes et aux communistes.

Parti europhobe et anti-immigrés, le Front national est à la tête d'une dizaine de municipalités en France, mais n'a jamais conquis de région. Fondé en 1972, il est présidé depuis 2011 par Marine Le Pen qui a entrepris de le dédiaboliser par rapport à la formation co-fondée par son père Jean-Marie, exclu en août du parti après des dérapages verbaux.

/ATS
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