La question des visas continue de fragiliser l'accord UE-Turquie

La question des visas continue de fragiliser l'accord UE-Turquie

Photo: Keystone

La Turquie ne respecte toujours pas tous les critères pour obtenir une exemption de visas, a rappelé Bruxelles mercredi. Le dénouement de ce dossier explosif a été repoussé, car il menace le pacte migratoire controversé de l'UE avec Ankara.

Censée se dénouer en juin, cette question risque d'empoisonner pendant encore plusieurs mois les relations tendues entre les deux partenaires de circonstance, illustrées encore mardi par la démission du chef de la délégation européenne en Turquie.

L'UE cherche pourtant à préserver un accord qui a fait chuter de manière spectaculaire les arrivées de migrants sur les côtes grecques depuis avril. Et le président Erdogan a un intérêt politique à obtenir une exemption de visas pour les courts séjours de Turcs dans l'espace Schengen.

Mais, si elle a fait des 'progrès' ces dernières semaines, 'la Turquie doit encore respecter les critères restants', a souligné le commissaire Dimitris Avramopoulos, chargé du dossier migratoire.

Législation antiterroriste en question

L'exécutif européen a cité la même liste de critères restant à remplir (sept sur 72) que celle dévoilée début mai. Elle inclut une modification de la législation antiterroriste turque, jugée trop large et menaçante pour la liberté d'expression.

La Turquie s'y est refusée jusqu'à présent, dans un contexte de reprise du conflit kurde depuis l'été 2015, couplée à une série d'attentats meurtriers attribués aux rebelles kurdes et au groupe Etat islamique (EI).

Parmi les autres conditions qui restent à remplir, l'UE demande des mesures anticorruption et un accord de 'coopération opérationnelle' avec Europol.

Prochaine échéance

Bruxelles et Ankara avaient fait d'une accélération du processus de libéralisation des visas une des contreparties politiques pour récompenser la Turquie de ses efforts pour freiner l'afflux migratoire vers l'UE.

L'objectif d'aboutir d'ici 'la fin juin' avait été fixé, mais les deux parties semblent désormais convenir qu'il est devenu intenable.

'Le calendrier final dépendra à la fois de quand la Turquie aura rempli les critères restants et de quand les co-législateurs (c'est-à-dire les Etats membres de l'UE et le Parlement européen, ndlr) auront pris leur décision', s'est contenté de commenter mercredi M. Avramopoulos.

A Bruxelles, comme à Ankara, l'échéance désormais évoquée est le mois d'octobre. Mais même si la Commission donne d'ici-là son feu vert, rien ne garantit que les Etats membres et les eurodéputés, de plus en plus réticents, suivront.

Moins de migrants sur les côtes

Le président Erdogan a plusieurs fois menacé, s'il n'obtient pas l'exemption, de ne plus appliquer l'accord migratoire du 18 mars. Celui-ci prévoit le renvoi en Turquie de tous les nouveaux migrants arrivant sur les îles grecques, y compris les demandeurs d'asile.

En dépit des controverses qu'il suscite au regard des droits de l'homme, il a permis une chute spectaculaire du nombre des arrivées de migrants sur les côtes grecques. C'est la preuve 'qu'il est possible de briser le modèle économique des passeurs', s'est félicitée la Commission, tout en estimant que 'les progrès réalisés jusqu'ici demeurent fragiles'.

'Environ 1 740 migrants traversaient chaque jour la mer Égée pour gagner les îles grecques' avant l'accord, alors que le nombre moyen de franchissements irréguliers s'est établi, en mai, à 47', a souligné la Commission.

/ATS
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