Le Premier ministre macédonien sacrifie trois de ses alliés

Le Premier ministre macédonien sacrifie trois de ses alliés

Photo: Keystone

Le Premier ministre macédonien Nikola Grouevski a limogé mardi ses ministres de l'Intérieur et des Transports ainsi que le chef du renseignement, selon l'agence officielle MIA. Une concession majeure à l'opposition, qui dénonce un scandale de surveillance massive.

Le départ annoncé de Gordana Jankulovska, Mile Janakieski et Saso Mijalkov fait également suite à un week-end de violence à Koumanovo, dans le nord du pays. Des affrontements dans un quartier albanophone de la ville entre la police et des hommes présentés par le pouvoir comme des 'terroristes' ont fait 22 morts, dont huit policiers.

La région de Koumanovo, située à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale Skopje, a été le théâtre d'affrontements entre forces gouvernementales et séparatistes albanophones en 2001. Depuis, le gouvernement accuse des groupes armés venus du Kosovo de mener des incursions en territoire macédonien.

Mais pour l'opposition, les violences du week-end sont une 'diversion' lancée par le pouvoir pour faire passer au second plan le scandale lié aux écoutes illégales et aux abus de pouvoir dont elle accuse le gouvernement conservateur.

'Je demande à Nikola Grouevski d'expliquer sans attendre qui cherche à déstabiliser la Macédoine, pourquoi et dans quel but. Ce sombre scénario va échouer car les citoyens savent à qui il profite', lançait dès samedi le chef de file de l'opposition social-démocrate, Zoran Zaev.

Démission réclamée

Dans cette ex-république yougoslave de 2,1 millions habitants, dont un quart d'Albanais, une grave crise politique oppose depuis des mois les principales formations slaves. L'opposition accuse le pouvoir conservateur de corruption et de la mise sur écoute de 20'000 personnes, dont des hommes politiques, des journalistes et des chefs religieux.

Depuis des mois, elle appelle à une manifestation nationale le 17 mai. Elle réclame la démission de M. Grouevski, au pouvoir depuis neuf ans, et de l'ensemble du gouvernement.

M. Zaev dit détenir des enregistrements d'écoutes effectuées sur des juges et sur des journalistes et qui révèlent aussi un contrôle étroit sur la conduite des élections et des nominations partisanes à des postes de la fonction publique. Le gouvernement affirme que ces enregistrements sont des faux fabriqués par des services d'espionnage étrangers.

La justice a inculpé parallèlement le chef de l'opposition de tentative de renversement du pouvoir.

Réunion mercredi

Florian Bieber, expert des Balkans à l'université autrichienne de Graz, jette lui aussi un regard soupçonneux sur les événements du week-end. 'Le timing est trop suspect pour ne pas envisager une connexion. Cela ne signifie pas que ce n'était pas une attaque terroriste, mais suggère que le gouvernement a pu y être mêlé. Le bénéficiaire évident de ces violences, c'est le parti au pouvoir.'

Le Parlement doit se réunir à Skopje mercredi en début d'après-midi pour approuver les nominations des remplaçants des deux ministres, Mitko Cavkov à l'Intérieur et Vlado Misajlovski aux Transports.

/ATS
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