Le chef d'un énorme réseau de passeurs extradé d'Afrique

Le chef d'un énorme réseau de passeurs extradé d'Afrique

Photo: Keystone

Un Erythréen soupçonné d'être à la tête d'un des plus importants réseaux de trafic de migrants a été arrêté au Soudan et extradé vers l'Italie. C'est 'un tournant dans la lutte contre les trafiquants d'êtres humains', s'est félicité le procureur de Palerme.

L'Italie a déjà arrêté des centaines de migrants soupçonnés de complicité avec les réseaux de passeurs et jugé des dizaines d'entre eux. Mais c'est la première fois qu'un responsable de trafic d'êtres humains est arrêté en Afrique et extradé en Italie.

Medhanie Yehdego Mered, 35 ans, était recherché depuis 2015 pour trafic d'êtres humains. Il a été arrêté fin mai à Khartoum et a été extradé lundi soir vers l'Italie. La police a diffusé une vidéo de la descente d'avion où on le voit encadré par deux agents.

Il est soupçonné d'être le chef de 'l'une des quatre plus grandes organisations criminelles de trafic de migrants', selon un communiqué commun du ministère soudanais de l'Intérieur et des ambassades d'Italie et du Royaume-Uni à Khartoum.

Mépris absolu de la vie humaine

'Cette activité criminelle extrêmement rentable était menée avec un mépris absolu de la vie humaine', ont dénoncé le ministère soudanais et les deux ambassades dans leur communiqué. Il était surnommé le 'général', en raison du contrôle qu'il exerçait sur une vaste zone et un grand nombre d'affidés.

Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir organisé à partir de 2013 le voyage, souvent mortel vers l'Europe, de centaines de personnes par mois à travers le Sahara puis la Méditerranée. Il s'agissait pour la plupart de jeunes hommes originaires d'Ethiopie, d'Erythrée, de Somalie et du Soudan.

356 morts en 2013

Son réseau est en particulier accusé d'avoir organisé le départ d'un bateau qui a pris feu et coulé en octobre 2013 au large de l'île italienne de Lampedusa, faisant plus de 356 morts.

Selon les enquêteurs, Medhanie Yehdego Mered assurait directement la coordination avec d'autres responsables de réseaux de passeurs pour les routes terrestres. Il organisait régulièrement des départs en mer en direction des côtes siciliennes.

De plus, 'il informait aussi ses collègues trafiquants en Italie des arrivées de bateaux, pour permettre à ces migrants de continuer leur voyage vers leur destination finale' en Europe, a expliqué la police italienne.

Homologues en Europe

Les écoutes téléphoniques ont révélé qu'il était en contact avec des homologues en Europe, en particulier aux Pays-Bas et en Scandinavie. Les utilisateurs des téléphones placés sur écoute se déplaçaient d'ailleurs perpétuellement entre la Libye, le Soudan, l'Ethiopie, l'Erythrée, les Emirats arabes unis et plusieurs pays européens.

Des dizaines de milliers de migrants arrivent chaque année par la mer en Italie, principalement depuis l'Afrique subsaharienne. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), l'Italie a déjà enregistré cette année plus de 48'500 arrivées.

Le voyage reste extrêmement dangereux: au moins 10'000 migrants sont morts ou ont disparu en Méditerranée depuis 2014, dont au moins 880 dans la dernière semaine de mai. Mercredi, plus de 800 migrants ont encore été secourus au large de la Libye, entassés à bord de canots pneumatiques, selon les gardes-côtes italiens qui coordonnent les opérations dans la zone.

/ATS
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