Un Guatemala excédé par la corruption élit son nouveau président

Un Guatemala excédé par la corruption élit son nouveau président

Photo: Keystone

Le Guatemala a commencé à voter dimanche pour le second tour de l'élection présidentielle. Le climat d'exaspération face à la corruption est tel que les électeurs pourraient porter au pouvoir un candidat inexpérimenté, l'acteur comique Jimmy Morales.

Dans ce pays d'Amérique centrale de 15,8 millions d'habitants, l'un des plus violents au monde, les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 (14h00 suisses). Les premiers résultats ne devraient être connus qu'après 21h00 (04h00 lundi en Suisse).

'C'est une fête civique, profitons de cette journée ensoleillée pour voter!', a déclaré le président du Tribunal suprême électoral, Rudy Pineda.

Les 7,5 millions d'électeurs sont appelés à choisir entre deux candidats aux styles radicalement opposés. D'un côté, Jimmy Morales, 46 ans, comédien et animateur de télévision porté par le parti de droite FCN-Nacion. De l'autre, Sandra Torres, 60 ans et ex-Première dame, soutenue par l'Union nationale de l'espoir (UNE, social-démocrate).

Reflet de leurs différences, M. Morales a été questionné sur la présence dans son parti - qu'il nie - de militaires accusés de violations des droits de l'Homme. Le pays est encore traumatisé par 36 ans d'une guerre civile (1960-1996) qui a fait 200'000 morts et disparus.

Sandra Torres est l'ex-épouse d'Alvaro Colom, président de 2008 à 2011 dont elle dirigeait les programmes sociaux. La candidate est accusée d'avoir fait partie de la guérilla qui a combattu les autorités pendant cette même guerre civile, ce qu'elle nie, elle aussi.

Gage d'honnêteté

Large sourire et charisme naturel, Jimmy Morales avait été la grande surprise du premier tour, le 6 septembre, en raflant 23,99% des suffrages contre 19,75% pour Sandra Torres. Cinq mois plus tôt, il n'était crédité que de 0,5% des intentions de vote.

Pour le second tour, celui qui a incarné au cinéma le rôle d'un cowboy naïf sur le point de devenir président par accident part largement favori: le dernier sondage, mercredi, lui prédisait 67,9% des voix contre 32,1% pour son adversaire.

Paradoxalement, il doit sa spectaculaire ascension à son absence totale d'expérience politique, perçue par ses partisans comme un gage d'honnêteté, après la révélation, en avril, d'un réseau de corruption et de fraude fiscale qui aurait permis de détourner 3,8 millions de dollars entre mai 2014 et avril 2015.

Président arrêté

Plus de 50% des Guatémaltèques vivent sous le seuil de pauvreté et ils étaient jusque-là peu habitués à manifester. Mais une partie de la population avait alors commencé à défiler chaque semaine, de manière pacifique, rassemblant jusqu'à 100'000 personnes.

Cette ébullition populaire a précipité, quelques jours avant le premier tour, la démission du président Otto Pérez, ex-général de 64 ans au pouvoir depuis 2012, puis son placement en détention provisoire. Il est accusé, comme son ancienne vice-présidente Roxana Baldetti, d'avoir organisé la corruption au sein des douanes et perçu 800'000 dollars en pots-de-vin.

Jusqu'au 14 janvier, jour de la prise de fonctions du nouveau chef de l'Etat, c'est le président par intérim Alejandro Maldonado, auparavant vice-président, qui dirige le pays.

'Ni corrompu ni inefficace'

Pour Manfredo Marroquin, directeur de l'ONG Accion Ciudadana, branche locale de l'organisation anticorruption Transparency International, la population est désormais 'beaucoup plus attentive à ce que le gouvernement ne soit ni corrompu ni inefficace'.

Sans surprise, la corruption a été au centre de la campagne, éclipsant les thèmes traditionnels comme la sécurité, la santé et l'éducation. Les deux candidats ont signé jeudi, en présence de M. Maldonado, une Alliance nationale pour la transparence, dans laquelle ils s'engagent à lutter contre la corruption.

/ATS
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