Quel avenir pour les bibliothèques jurassiennes ?

La révision de la loi fédérale sur le droit d’auteur pèse comme une épée de Damoclès sur les bibliothèques de la région. Le texte, initié par l’Association des autrices et auteurs suisses, prévoit d’instaurer une taxe sur le prêt de chaque livre. Objectif : mettre davantage en valeur le travail des écrivains qui ne touchent pour l’instant aucune commission lorsqu’un de leurs ouvrages est emprunté. La révision de loi a été mise en consultation jusqu’au 31 mars et a soulevé de nombreuses réactions : plus de 1'300 prises de position ont été transmises à Berne. Parmi elles, celle de la bibliothèque cantonale jurassienne et celles de quatre autres institutions jurassiennes.

Une taxe : ce frein

L’association faîtière des bibliothèques nationales, la BIS, annonce que la taxe se monterait à 36 centimes par prêt. « C’est effectivement l’information qui nous est parvenue. On est totalement contre. On pourrait assumer une taxe d’un à deux centimes, mais pas plus », souligne Géraldine Rérat-Oeuvray, bibliothécaire cantonale. Selon elle, « les auteurs ne considèrent pas le travail des bibliothèques suisses comme une promotion du leur ». Elle affirme que les autorités qui participent au financement des bibliothèques jurassiennes ne pourraient pas assumer une telle charge supplémentaire et que les incidences pourraient être considérables pour la vingtaine d’établissements dans le canton.

Il va falloir trouver des solutions

Les bibliothèques jurassiennes prêtent annuellement environ 500'000 ouvrages. Si la taxe de 36 centimes venait à être appliquée, elles devraient donc reverser 180'000 francs aux auteurs. Dès lors, comment payer cette somme ? Pour la bibliothécaire cantonale, il n’y a pas beaucoup de possibilités. La plus plausible serait de diminuer le budget cantonal d’acquisition qui s’élève à 370'000 francs pour les 20 bibliothèques jurassiennes et qui englobe aussi la part accordée au Bibliobus. Or, « si nous coupons dans le budget d’acquisition, nous allons nous focaliser sur la demande à satisfaire et les gens lisent davantage d’auteurs étrangers », selon Géraldine Rérat-Oeuvray. Conséquence : il y aurait moins de livres d’auteurs suisses dans les étalages : « Si on réfléchit bien à cette révision de loi initiée par les auteurs suisses, on peut estimer que c’est un peu le serpent qui se mord la queue », constate la bibliothécaire cantonale.

Une autre solution évoquée serait de faire payer un abonnement aux lecteurs, ce qui est rare dans le Jura. Et la gratuité du service de prêt dans les bibliothèques de la région a fait ses preuves, d’après Géraldine Rérat-Oeuvray : « A Delémont, voilà 6-7 ans que le service de prêt de la bibliothèque municipale est passé de payant à gratuit. Résultat : le nombre de lecteurs a augmenté de 15% ».

Aujourd'hui, la bibliothécaire cantonale reconnaît qu'il est important de mettre davantage en valeur le travail des auteurs. Or, selon elle, la révision de la loi n'est pas une bonne solution. Reste que les alternatives ne sont pas faciles à trouver. /mle

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