« Je t’aime ma poule »

Les agriculteurs jurassiens s’intéressent de près à l’élevage de volaille. Dans le journal officiel paru mercredi dernier, trois projets conséquents ont été présentés. Le premier prévoit une poussinière et six cabanons mobiles pour 3'000 poulets à Alle. Les deux autres, chapeautés par deux agriculteurs différents, visent à la construction de deux poulaillers qui pourront accueillir en tout 4'000 poules aux Bois. En parallèle, un quatrième projet, lancé il y a plusieurs semaines, envisage la mise sur pied d’une halle d’engraissement pour près de 20'000 poulets à Bonfol.

« Il y a un débouché pour les prochaines années »

L’agriculteur d’Alle, Pascal Cattin, prévoit la construction d’une poussinière et de cabanons mobiles pour 3'000 poulets. Après avoir arrêté le lait, il a décidé de se tourner vers un marché où « il y a un débouché pour les prochaines années ». Pascal Cattin a fait ce choix pour pérenniser son exploitation, en garantissant ainsi un salaire à son fils qui vient de terminer sa formation à Courtemelon. Pascal Cattin projette d’engraisser 15'000 poulets à la façon bio en une année. Il prévoit l’amortissement de ses investissements qu’il qualifie de « moindres » en dix ans.

« C’est une opportunité à saisir »

« Le marché de la volaille est porteur, c’est une opportunité à saisir », assure Michel Darbellay, le directeur de la Chambre jurassienne d’agriculture. Pour confirmer ses dires, il s’appuie sur des statistiques de 2014. Selon lui, trois œufs sur quatre qui sont consommés en Suisse ont été produits dans notre pays. En 1994, il n’y en avait que deux sur trois. De plus, toujours d’après Michel Darbellay, en l’an 2000 chaque Suisse a consommé en moyenne neuf kilos de viande de volaille. Il en a mangé en moyenne 12 kilos en 2014. A cela s’ajoute une autre statistique évocatrice : en l’an 2000, 40% de la volaille achetée par les Helvètes provenait de Suisse, alors qu’en 2014 c’est le cas pour 54% de la volaille consommée par les Suisses.

Michel Darbellay le certifie : le boom de la volaille est en cours et la tendance est à la hausse de la consommation de ce produit. Le directeur de la CJA l’affirme : « Quand on va dans une grande surface, on remarque que les Suisses s’arrêtent devant les barquettes de volaille pour voir leur provenance. Alors que s’il y a une action de viande de bœuf d’Uruguay, le consommateur helvétique saute dessus ! » Selon lui, cela est en partie dû aux récents cas de grippes aviaires et aux conditions de production discutables à l’étranger et qui avaient été déclarés au grand jour dans la presse.

La Chambre d’agriculture encourage ces projets

La Chambre jurassienne d’agriculture salue l’investissement des paysans jurassiens dans le domaine de la volaille. Selon Michel Darbellay, c’est la preuve que les agriculteurs jurassiens sont passionnés. Ils cherchent en effet à trouver des solutions pour faire face à une situation parfois critique, on peut notamment penser à la crise laitière. D’après lui, « si les agriculteurs jurassiens ne saisissent pas cette opportunité et ne s’inscrivent pas dans ce marché qui fonctionne, d’autres le feront ».

L’élevage de volaille représente par ailleurs une bonne possibilité, car les revenus qui en découlent sont intéressants, selon le directeur de la CJA. Michel Darbellay rappelle toutefois que plusieurs normes sont en vigueur et que les paysans sont contraints à les respecter. C’est notamment le cas de la taille de l’effectif que contiennent les poulaillers et du bilan de fumure. Il souligne également la différence entre les élevages traditionnels ou de type bio. Dans ces derniers, le nombre de poulets est limité, alors que dans les élevages traditionnels il peut aller jusqu’à 20'000, ce qui reste néanmoins bien inférieur en comparaison internationale. / mle

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