Unia critique l’incompétence des dirigeants de Condor

"Fin de l’histoire pour Condor SA". C’est sous ce titre qu’Unia Transjurane a convoqué la presse vendredi matin devant l’entreprise de Courfaivre. Le syndicat a détaillé les récents déboires de la société.

 
Des licenciements au démantèlement
 
Jean-Pierre Chapuis, secrétaire syndical, est revenu notamment sur les vagues de licenciements de l’été passé et les promesses non tenues du directeur de l’entreprise Jurij Janushkevich. Selon le syndicaliste, les départs volontaires ou provoqués se sont poursuivis depuis : aujourd’hui, seules cinq personnes seraient encore employées dans l’entreprise. Parmi elles, deux ouvriers, qui auraient reçu leur lettre de licenciement fin février.
 
Jean-Pierre Chapuis a également confirmé ce que nous vous annoncions mi-février : le parc de machines se réduit sans cesse. Le syndicaliste parle d’un "souk" où toutes les installations sont bradées, et les matières premières liquidées pour une bouchée de pain à l’entreprise Met-Fer à Delémont.
 
 
Des investisseurs qui ont pourtant les reins solides
 
Le plan social de 75'000 francs a été tardivement versé par Condor SA le 31 janvier, après de multiples interventions du syndicat Unia et de Swissmem. Pour Jean-Pierre Chapuis, il s’agit d’un plan à "deux roubles" si on le compare au salaire du directeur. Il ajoute que les investisseurs russes sont parfois plus rapides: après que notre rédaction a révélé en août passé le montant des dettes de l’entreprise (1'500'000 francs), une bonne partie de celles-ci auraient été payées dans les jours qui ont suivi.
 
 
Des pratiques douteuses, les autorités cantonales critiquées
 
Selon les informations du syndicat, une secrétaire bulgare aurait été engagée au mois d’août pour assister le directeur Jurij Janushkevich. Selon Unia, on n'en retrouve aucune trace à l’Office du travail, et il semble peu probable qu’elle ait reçu un permis de travail. Elle serait repartie fin janvier.
 
Autre point litigieux pour le syndicat: l’ancien directeur des finances, licencié pour le 31 mars, toucherait le chômage partiel. Unia Transjurane se demande si cela entre vraiment dans l’esprit de cette mesure sociale.
 
Pour Pierluigi Fedele, l’avenir industriel de Condor est terminé: "quand des investisseurs russes prennent une entreprise, la démantèlent mais gardent une activité administrative, ça sert pour d’autres activités économiques. Avec le doute que ces activités commerciales ne soient pas dans les limites de la légalité".
 
Le secrétaire régional d’Unia Transjurane critique également "l’assentiment aveugle" de la promotion économique jurassienne qui garde des liens avec des "projets fantômes". Il demande plus de transparence sur le soutien économique du canton à l’entreprise. Pour lui, les autorités feraient mieux d’arrêter les frais et de demander des garanties quant à la déconstruction et la dépollution du site de Courfaivre.
 
Nous avons joint vendredi après-midi par téléphone Jean-Claude Lachat. Le délégué à la promotion économique rappelle qu’en 2007 l’arrivée d’investisseurs et la création d’emplois étaient une bonne nouvelle pour Condor et la région. C’est pourquoi le canton avait la possibilité de soutenir financièrement l’entreprise. Il n’en dira pas plus sur les montants de ces soutiens.

Il confirme également que la production est au point mort. Avec l’accord des dirigeants de Courfaivre, les locaux actuels pourraient être mis à disposition d’autres entreprises.

 
Une visite surprise
 
Un représentant des investisseurs russes est venu interrompre la conférence de presse du syndicat. Sergei Ganin (à droite sur la photo) a expliqué qu’après avoir été écarté de la gestion de l’entreprise il y a une année, il a été nommé il y a deux jours président du conseil d’administration. Il est chargé d’élaborer un plan de crise. Il a réaffirmé que les actionnaires n’ont pas la volonté de fermer l’entreprise, et que celle-ci pourrait se réorienter vers des projets liés au traitement du titane. "Des salades russes", selon Pierluigi Fedele qui a mis un terme à l’intervention de Sergei Ganin. /cad
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