Vers une pénurie d’enseignants ?

Va-t-on manquer d’enseignants ces prochaines années? Depuis quelques temps, des voix se font entendre pour alerter d’une pénurie à venir.
 
 Le président de l’association faîtière suisse des enseignants, Beat W. Zemp, s’est notamment exprimé à ce propos fin avril dans la presse nationale. Selon lui, le manque se fait déjà sentir outre Sarine, et va bientôt gagner la Suisse romande. Il estime que la plupart des cantons n’ont pas pris conscience de l’urgence de la situation.
Qu’en est-il dans le Jura? Notre rédaction a mené l’enquête.
 
 
Pas d’inquiétude pour le primaire
 
Il y a d’abord ce constat: dans les écoles primaires jurassiennes, presque un enseignant sur deux est âgé de plus de 50 ans. Nombre d’entre eux partiront donc à la retraite dans les 10 prochaines années. Pourtant, les autorités jurassiennes et la Haute Ecole Pédagogique BEJUNE ne s’affolent pas. La ministre de la formation, Elisabeth Baume-Schneider, explique que contrairement à d’autres cantons, le Jura n’enregistre pas de forte augmentation de sa population. L’ouverture de nouvelles classes n’est donc pas d’actualité; il est plutôt question d’en fermer, ou tout au moins de rester à un niveau stable. A l’école primaire, il n’y a pas d’inquiétude particulière, selon la ministre. Elle estime que les prochains départs à la retraite pourront être compensés sans problèmes.
 
 
Situation plus compliquée pour le secondaire
 
Aux niveaux secondaires I et II en revanche, la situation est plus complexe. S’il n’y a pas de pénurie générale, certaines branches souffrent effectivement d’un manque d’enseignants. Si le français, l’histoire et la géographie ont la côte, ce n’est pas le cas des maths et des sciences naturelles. Les besoins diffèrent donc en fonction des degrés d’enseignement et des matières enseignées.
 
 
Une étude pour anticiper les besoins
 
Ce sont justement ces besoins que les autorités veulent analyser. Mais les chiffres fournis par l’Office fédéral de la statistique (OFS) ne suffisent pas. Il faut davantage de données que la courbe de natalité et l’âge des enseignants pour y voir clair. Raison pour laquelle une étude est actuellement conduite par la HEP-BEJUNE. Elle s’intitule «Insertion professionnelle», et s’attelle à définir, par exemple, si les instituteurs sont des hommes ou des femmes, s’ils ont une projection de carrière, s’ils désirent augmenter leur temps de travail.
 
Ces paramètres peuvent modifier considérablement les besoins en nouveaux enseignants. D’autres facteurs, politiques notamment, peuvent aussi influencer ces données. Pour citer un exemple, le canton de Neuchâtel a récemment décidé d’augmenter le pensum hebdomadaire des enseignants. S’ils travaillent plus longtemps, il faut par conséquent former moins de nouveaux instituteurs.
 
Selon le recteur de la HEP-BEJUNE, Jean-Pierre Faivre, l’étude en cours devrait permettre d’avoir d’ici une année des estimations précises des besoins. Les autorités pourront alors décider en toute connaissance de cause de former plus ou moins d’enseignants, afin d’éviter une pénurie comme un surplus.
 
 
Moins d’intérêt pour la HEP ces dernières années
 
Reste que la question est indéniablement liée à l’intérêt que suscite la profession. Ces dernières années, il n’y a plus eu d’examen d’entrée à la HEP-BEJUNE, les inscriptions n’étant pas assez nombreuses. Selon le secrétaire général du Syndicat des enseignants jurassiens, Rémy Meury, il y a plusieures explications: le métier n’offre que peu de possibilités de progresser, les salaires dans le Jura ne sont pas très attractifs, et l’image de la profession est trop souvent dévalorisée.
 
Elisabeth Baume-Schneider partage cet avis. Selon elle, il est important de reconnaître le travail des enseignants. L'acceptation par le Parlement jurassien d'une augmentation des salaires pour les maîtresses et maîtres d'école enfantine va dans le bon sens, estime la ministre.
 
Fait réjouissant tout de même pour les autorités: le nombre d’inscriptions à la HEP pour les degrés préscolaire et primaire a augmenté cette année. A priori, les 110 places disponibles pour la rentrée 2010 auront trouvé preneurs. Pour Jean-Pierre Faivre, ces fluctuations sont peut-être liées au climat économique ; lorsque la crise se fait sentir, les étudiants auraient tendance à se tourner vers une forme de stabilité au niveau de l'emploi.
 
Il dit toutefois espérer que leur choix soit d'abord dicté par la motivation, "parce qu'il s'agit quand même d'une profession où l'on doit payer énormément de sa personne". /lbe
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17.03.2011
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