Les gitans bientôt proches de la police

gitansDelémont pourrait devenir la nouvelle terre d'accueil des gens du voyage. Le Canton du Jura a présenté cet après-midi son plan spécial cantonal pour une «Aire d’accueil pour les gens du voyage». Le site retenu est situé aux Prés-Roses à Delémont, proche du centre de la police cantonale.

Il mesure 4000 m2 et prévoit d’accueillir une trentaine de familles à la fois. Le site mettra à disposition des quelques 120 caravanes annuelles l’eau potable, l’électricité, l’évacuation des eaux usées et la gestion des déchets.
 
Le projet sera géré par le Canton. Le chef du service des communes Jean-Louis Sangsue se dit réservé sur un montant total pour la réalisation de cette aire. Il le situe entre 100 000 et 200 000 francs. Le Conseil communal de Delémont a donné un préavis favorable au projet. La consultation se déroulera du 18 mars au 18 avril. Une séance d’information se tiendra lundi prochain à 19h30 à la salle du Soleil à Delémont. La décision finale reviendra au Gouvernement. /cl
 
Les gens du voyage s’arrêtent actuellement en bordure d’autoroute à Bassecourt : un site provisoire (photo) où s'est rendu Cyprien Lovis ce matin. Son récit : 
 
La première chose que je peux vous dire, c’est qu’ils sont des gens comme vous et moi. Simplement, leur maison est une caravane et leur culture, différente. Quand je leur ai dit que je venais pour la radio, ils m’ont répondu «Ah non, non on ne peut pas parler dans le micro, ce sont les pasteurs qui font ça». Méfiants, un peu. Croyants beaucoup, ces chrétiens évangélistes.
 
Alors j’ai quand même demandé à entrer dans la caravane. Pas de problème. C’est une famille au complet qui m’accueille : grands-parents, fils et femme et leurs enfants. Ils sont sept, me regardent, surveillent mon micro – au cas où j’aurais le malheur de l’allumer - et la discussion commence.
 
Ils ne sont pas vraiment contents des conditions offertes par le Jura, il n’y a ni toilette, ni électricité. Ils espèrent donc que la nouvelle aire sera meilleure. Puis, la grand-mère s’emporte: «Nous ne sommes pas des sauvages, on traite mieux les bêtes que nous. Les gens croient que nous sommes des voleurs, on nous accuse tout de suite, mais c’est faux. On ne demande rien d’autre que le minimum.» Elle a aussi précisé que la police venait prélever 10.- par jour de stationnement.

Dans la caravane d’à côté, une mère surveille 5 enfants, le mari est parti travailler. Elle vient chaque année une semaine dans le Jura et souhaiterait de l’électricité, des conteneurs et surtout des toilettes. Elle ne m’a pas caché qu’elle allait au magasin pour que toute sa famille puisse faire ses besoins.

Il faut les rencontrer ces gens pour comprendre leur vie. On est gitans de père en fils. Ils voyagent toute l’année, sauf l’hiver où les enfants vont alors à l’école. Ils parlent le gitan, le français est donc leur deuxième langue. Leur vie n’est pas facile car ils doivent toujours se battre contre les préjugés.

Une grand-mère, qui ne peut presque plus marcher, m’a ouvert sa porte ce matin et m’a dit «J’ai été six mois dans les camps de concentration. Les Allemands voulaient nous exterminer, nous étions de trop. Des nomades, ils n’en voulaient pas.»

Mais le moment que j’ai préféré, c’est quand cette jeune maman, tout en discutant avec moi, en portant un enfant dans ses bras et surveillant les quatre autres, m’a dit : «Vous savez, j’ai tout ce qu’il faut ici : à manger, à boire et ma famille. Je n’ai besoin de rien d’autre pour être heureuse. On n’est pas riche quand on vit dans le luxe. Je suis gitane et je le resterai.»

Je l’ai salué et m’en suis allé. Et même s’ils n’aiment pas les micros, les gitans vous ouvrent grand leur porte sans aucun préjugé...du moins, ceux que j’ai rencontrés !

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