BNS: l'abandon du taux plancher pèse encore sur l'économie

BNS: l'abandon du taux plancher pèse encore sur l'économie

Photo: Keystone

Il y a un an jour pour jour, la Banque nationale suisse (BNS) créait la surprise en abandonnant le taux plancher de l'euro. L'économie suisse en subit les conséquences de plein fouet, mais elles ne sont pas forcément aussi graves qu'attendu.

La décision de la BNS a certes entraîné des milliers de pertes d'emplois et cette tendance va se poursuivre. 'Mais la situation n'est pas aussi mauvaise que certains l'avaient craint', relativise Sergio Rossi, professeur de macroéconomie et de politique monétaire à l'Université de Fribourg, interrogé par l'ats.

Un avis partagé par Nadia Gharbi, économiste au département gestion de fortune de la banque Pictet, qui estime que 'l'activité économique a été relativement résiliente en 2015, avec une croissance estimée à 0,8%'. Pour 2016, la banque prévoit une 'légère accélération avec une croissance de 1,1%', indique Mme Gharbi. La BNS, elle, table sur 1,5%.

Conséquences hétérogènes

Selon les régions ou les activités économiques, il y a des gagnants et des perdants, note Sergio Rossi. 'Les avantages et les inconvénients sont répartis de manière hétérogène'. Mais si la BNS avait maintenu le taux plancher, la situation serait encore pire en ce qui concerne l’instabilité financière de l’économie nationale. 'L'abandon du taux plancher a permis de réduire la pression à la hausse sur les prix immobiliers découlant des liquidités créées par la BNS suite à ses interventions sur le marché des changes'.

Parmi les gagnants figurent les entreprises qui importent des produits en Suisse à partir de la zone euro. C'est le cas pour les biens d'équipement, les voitures, l'alimentation ou l'électroménager, explique M. Rossi. Il place aussi les banques dans le camp des vainqueurs, notamment parce que le franc fort attire des capitaux en Suisse.

Du côté des perdants se trouvent les entreprises - et leurs employés - qui sont exposées à la concurrence internationale, en particulier dans la zone euro. Le tourisme est aussi affecté. 'Actuellement, les touristes choisissent plutôt l'Autriche que la Suisse pour faire du ski', illustre Sergio Rossi.

Dizaines de milliers d'emplois menacés

En 2015, les entreprises avaient encore une marge de manoeuvre, car leurs carnets de commandes étaient remplis pour six mois environ. Mais en 2016, 'des dizaines de milliers d'emplois pourraient encore être supprimés ou délocalisés', avertit le professeur. 'Le marché de l'emploi reste relativement robuste, même s'il y a des pertes dans certains secteurs', estime Nadia Gharbi.

Selon elle, les suppressions de postes seront vraisemblablement plus nombreuses en 2016 que l'année passée. Pour sa part, le Secrétariat d'Etat à l'économie prévoit un taux de chômage moyen de 3,6%, contre 3,3% en 2015, avec un pic au printemps.

Sergio Rossi évoque 'un demi-point de hausse, auquel il faut ajouter le 'chômage déguisé', soit les personnes qui doivent renoncer à une augmentation de leur taux d'activité ou qui arrivent en fin de droit aux allocations'.

Autre conséquence du franc fort: la marge bénéficiaire des entreprises est en train de baisser, ce qui contrarie les aspirations des actionnaires, relève le professeur tessinois. 'Beaucoup d'entreprises se sont adaptées à la nouvelle situation en baissant leurs marges', acquiesce Mme Gharbi. 'Avec un impact sur l'inflation, qui a été négative durant toute l'année 2015 et a atteint -1,3% en décembre'.

Pour Sergio Rossi, certaines entreprises vont peut-être se recentrer sur leur coeur de métier. 'Elles vont resserrer leurs activités et réorienter leurs débouchés d'exportation'.

Nouveau taux plancher irréaliste

Des voix s'élèvent régulièrement pour demander à la BNS de réintroduire un taux plancher, à l'image de l'Union syndicale suisse (USS), qui vient de plaider pour un seuil à 1,30 franc. Pour les économistes, ce scénario n'est pas envisageable.

'Aucune chance', tranche Sergio Rossi, car on vient de l'abandonner. 'Une année, en politique monétaire, c'est très court. Ce serait très mauvais pour la crédibilité de la BNS'. 'Cela coûterait beaucoup trop cher', estime Nadia Gharbi, alors que le bilan de la BNS atteint déjà des niveaux records par rapport au produit intérieur brut (PIB).

La marge de manoeuvre de la BNS est très étroite et dépend des décisions de ses homologues, notamment la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine, analyse Mme Gharbi. Pour empêcher la spéculation sur le franc et affaiblir la monnaie helvétique, M. Rossi préconise de remplacer les taux d'intérêt négatifs par une taxe de 0,01% sur l'achat de francs.

/ATS
Partager
Link
Météo
Restez informé

Pour tout savoir sur l'actualité, inscrivez-vous à notre newsletter et recevez chaque soir dès 16h30 toutes les news de la journée.