Délocaliser l'industrie menace à terme la recherche

Délocaliser l'industrie menace à terme la recherche

Photo: Keystone

Délocaliser des usines suisses à l'étranger menace aussi à terme la recherche et le développement, met en garde Mario El-Khoury, directeur du Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM), à Neuchâtel. 'La recherche finit toujours par suivre la production'.

'Il est illusoire de croire que maintenir ici la recherche et le développement (R&D), l'innovation, servira à compenser' le phénomène des délocalisations, affirme M. El-Khoury, dans une interview accordée au Matin Dimanche. Cela ne peut pas marcher, 'pour des raisons d'équilibre social, mais surtout pour des raisons économiques, car la recherche finit toujours par suivre la production'.

Et Mario El-Khoury de citer à titre d'exemple l'industrie textile suisse, qui était très forte. Victime dans un premier temps de la délocalisation de la confection de tissus, puis des équipements pour produire les machines et enfin de l'entier de l'appareil industriel et de la R&D.

Autre exemple cité par le directeur du CSEM, 'le secteur photovoltaïque européen, très bien positionné il y a quelques années encore et qui a commencé par transférer la production en Chine, puis la recherche. Le nombre de brevets est révélateur sur ce point. En 2012, l'Europe en a déposé 24% et la Chine 53%'. En 2013, ces taux sont respectivement passés à 8 et 78%.

Label trompeur

Après plusieurs phases difficiles pour l'économie suisse depuis 2010 et l'envol du franc par rapport à l'euro, l'emploi commence à reculer dans l'industrie, constate le patron du CSEM depuis 2009. Se rapprochant du 'mythe', le label 'engineered in Switzerland' masque le fait que la fabrication effective d'un produit a déjà été délocalisée.

'Ce label ne compensera ni le niveau de qualification des emplois ni leur nombre dans les activités de production', estime M. El-Khoury. Durant les années 90, 'la thèse selon laquelle l'Europe aurait tout à gagner d'une nouvelle répartition internationale du travail, à savoir les services et la haute technologie chez nous et l'industrie de base dans les pays émergents, à dominé'.

'Les économistes, qui serinent d'habitude qu'il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier, nous ont expliqué qu'il valait mieux miser sur le tertiaire. Cette thèse est dramatiquement fausse', observe M. El-Khoury.

Etabli à Neuchâtel, avec des antennes à Alpnach (OW), Landquart (GR), Muttenz (BL) et Zurich, le CSEM et ses 450 collaborateurs constituent l'un des pivots entre innovation et industrie en Suisse. L'institut est actif dans le transfert entre recherche pure et produit fini et fournit également son aide aux petites et moyennes entreprises.

/ATS
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