La justice exige le retrait de Youtube de la vidéo islamiste

La vidéo qui vaut à un membre allemand du Conseil central islamique suisse (CCIS) d'être poursuivi doit être retirée de Youtube. Alors que la justice suisse confirmait lundi la saisie de son film tourné en Syrie, le CCIS lui apportait son soutien devant les médias.

Le film a été confisqué et il a été demandé à Youtube de le retirer rapidement du réseau, a écrit lundi dans un courriel le porte-parole du MPC André Marty, confirmant une information en ligne du gratuit 20 Minuten. A 20h00 lundi soir, la vidéo figurait encore sur le réseau social, a constaté l'ats.

On apprenait samedi que le MPC avait ouvert le 9 décembre une procédure pénale contre un membre allemand du comité directeur du CCIS. Naim Cherni est soupçonné de propagande en faveur de groupes terroristes, notamment Al-Qaïda. Il lui est reproché d’avoir représenté de façon propagandiste dans un documentaire son voyage dans des zones de conflit en Syrie, sans s'en distancer.

Les soupçons portent sur une violation de l’article 2 de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaïda et Etat islamique (EI) et les organisations apparentées. Ils sont contestés par le CCIS dont le comité est venu apporter son soutien à l'un des siens devant les médias réunis à Berne.

Le CCIS se dit 'surpris' par la procédure ouverte contre Naim Cherni, a indiqué son secrétaire général Ferah Ulucay. Le but du film était de donner la parole à des opposants à l'Etat islamique, a fait valoir le CCIS. C'est une 'contribution précieuse' dans le cadre des débats tournant autour de l'EI.

Politiquement motivé

Pour le principal intéressé, la réaction du MPC est 'un coup de poignard dans le dos'. L'argumentation du MPC est 'faible et politiquement motivée', a dit M. Cherni lors de la conférence de presse. Il s'attend à ce que la procédure s'enlise rapidement.

Le président du CCIS Nicolas Blancho, lui aussi présent, a accusé le MPC de trop en faire. Avec cette procédure, le Ministère public s'attaque frontalement aux 'islamistes pragmatiques' et fait le jeu des terroristes de l'EI.

Le Biennois a décrit le CCIS comme étant 'une collectivité islamique qui, en aucun cas, n'enfreint ou ne remet en cause le cadre juridique suisse.' Il s'engage pour un 'islam du centre' et combat l'extrémisme. Il n'entretient aucun lien avec Al-Qaïda, que ce soit idéologique ou structurel, a argumenté son président.

Pas un film de propagande

M. Cherni, un jeune allemand domicilié à Berne, s'est rendu en Syrie au mois d'octobre. Il y a interviewé un dirigeant de l’organisation Jaysh al-Fath (Armée de la conquête), à laquelle appartient également la branche syrienne d’Al-Qaïda Jabhat al-Nusra (Front de soutien). Il ne s'agit pas d'un film de propagande mais d'un documentaire, a-t-il souligné devant les médias.

Ce n'est pas la première fois qu'il voyageait en Syrie afin de documenter la situation sur place. Cette fois, il a voulu montrer une perspective intra-islamique. 'Le film explique pourquoi des rebelles à la profonde conviction islamique combattent l'EI.'

Spontanée

L'interview incriminée est une partie du documentaire de 38 minutes, présenté début décembre à Winterthour. Elle s'est déroulée de façon spontanée, a-t-il encore indiqué. Le fait qu'il l'ait conduite ne signifie pas qu'il partage les vues qui y sont exprimées. Naim Cherni a affirmé qu'il n'avait 'rien à se reprocher.'

Il a en tout cas reçu le soutien du CCIS. 'L'EI n'est pas qu'un problème pour l'Occident, mais aussi et surtout pour tous les musulmans, qui doivent supporter les plus gros préjudices de son existence', a poursuivi le président Nicolas Blancho.

CCIS contre EI

Le CCIS s'engage donc à chercher des remèdes contre la radicalisation, a-t-il fait valoir. Les jeunes séduits par la propagande de l'EI seront difficilement réceptifs aux paroles d'un érudit musulman vivant en Occident.

On a plutôt besoin de 'personnes importantes et authentiques, ayant vécu sur place et connaissant l'EI de l'intérieur.' Le documentaire de M. Cherni et l'interview en question pourraient ainsi jouer un rôle de 'vaccination contre l'extrémisme.'

Quelque 3500 membres

Le Conseil central islamique suisse compte actuellement près de 3500 membres, selon ses propres chiffres. Cela représente environ 1% des musulmans vivant en Suisse.

/ATS
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