Les employés du secteur public n'hésitent plus à débrayer

Les employés du secteur public n'hésitent plus à débrayer

Photo: Keystone

Ilot de paix sociale, la Suisse n'est pas épargnée par la grève pour autant. Aux côtés des ouvriers, les employés actifs dans les services et le domaine public n'hésitent plus à débrayer pour conserver leurs acquis.

'Auparavant réservé à l'industrie et à la construction, ce phénomène gagne le secteur tertiaire', a indiqué jeudi à l'ats Silva Müller-Devaud, porte-parole du syndicat UNIA.

Les grèves du personnel de l'Etat interviennent souvent suite à des restrictions budgétaires ou des privatisations. Récemment, les salariés de la crèche de l'hôpital fribourgeois (HFR) ont débrayé pour protester contre la volonté de privatiser leur structure.

'Les employés cessent alors de travailler pour conserver leurs droits et leurs acquis', souligne Ewald Ackermann, porte-parole de l'Union syndicale suisse (USS). A la fin du mois de janvier, le personnel de l'Etat du canton de Genève est entré en grève pour s'opposer au démantèlement du service public.

'Les Transports publics genevois (TPG) ont fait de même afin d'éviter des coupes dans leur effectif', explique Sabine Furrer, secrétaire syndicale du Syndicat du service public (SSP) de la région de Genève.

Mais les salariés peuvent aussi débrayer dans le but d'améliorer leur sort. 'En 2013, les horticulteurs du canton de Schaffhouse se sont mis en grève pour obtenir une augmentation de leur salaire minimum', précise Ewald Ackermann.

Emplois maintenus

Pour le porte-parole de l'USS, dans la majorité des cas, ces actions portent leurs fruits. Les jardiniers schaffhousois ont obtenu une hausse de leur rémunération, les chauffeurs de bus genevois le maintien de tous les emplois.

Mais parfois le résultat est catastrophique. En 2013, les grévistes de l'Hôpital de la Providence dans le canton de Neuchâtel se sont fait renvoyer. 'Une action en justice pour licenciement illégal est en cours', informe Sabine Furrer.

Dame Helvétie bonne élève

Reste qu'en comparaison européenne, la Suisse figure en queue de peloton en matière de jours de grève. Elle se situe juste devant l'Autriche, la Suède, la Slovaquie et la Hongrie. Pour les milieux patronaux, ce classement est le signe que le partenariat social fonctionne bien.

Sur sol helvétique, le débrayage constitue l'outil de menace ultime lorsqu'un employeur ne veut pas se mettre à la table des négociations par exemple, ce qui explique sa faible utilisation. 'Et même si le droit de grève est entré dans la Constitution, les employés craignent encore souvent d'utiliser cet outil par peur de recevoir une lettre de licenciement', confie Sabine Furrer. A cela s'ajoute le fait que les grévistes sont peu protégés par la législation.

Zones frontalières touchées

Bonne élève en matière de paix sociale, Dame Helvétie a toutefois vu ses grèves doubler ces cinq dernières années. Le nombre de jours de débrayage ont passé de 4 à 8 par année en moyenne entre 2009 et 2014. Pour Ewald Ackermann, ces chiffres sont à prendre avec précaution. 'Ils n'incluent pas les arrêts de travail de quelques heures voire d'une demi-journée très fréquents en Suisse', explique-t-il.

'Si la hausse reste marginale en comparaison d'autres pays, les incertitudes qui planent sur l'économie suite au vote du 9 février sur l'immigration de masse et l'abandon du taux plancher ont rendu les relations entre syndicats et patronat plus tendues dans certains secteurs et régions', concède Marco Taddei, membre de la direction de l'Union Patronale Suisse (UPS).

Il cite en exemple l'industrie des machines qui exporte 60% de ses produits vers l'Union Européenne (UE). 'Directement touché par la hausse du franc, ce secteur a parfois dû procéder à des augmentations du temps de travail sans compensation salariale ce qui a provoqué la grogne des syndicats', précise-t-il. Les zones frontalières sont également plus touchées par cette problématique.

Des tensions peuvent aussi apparaître lors du renouvellement d'une convention collective de travail (CCT) comme c'est le cas pour le bâtiment. Actuellement, les négociations sont au point mort. 'Si la situation ne s'améliore pas, des actions allant jusqu'à la grève ne sont pas exclues cet automne', conclut Ewald Ackermann.

/ATS
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