Shanghai en chute libre, forçant de nouvelles mesures d'urgence

Marchés: Shanghai chute, entraînant Hong Kong et Tokyo

Photo: Keystone

Les Bourses chinoises ont poursuivi leur chute mercredi pour tomber à des plus bas en quatre mois. Les investisseurs ont continué de vendre massivement petites et grandes valeurs en dépit des mesures prises par les autorités pour stabiliser les marchés.

Près de la moitié des sociétés chinoises cotées ont suspendu leur cotation pour se mettre à l'abri de la correction, ajoutant à la panique. L'indice Shanghai Composite a clôturé en baisse de 5,91% à 3507 points et l'indice CSI300 des grandes valeurs cotées à Shanghai et Shenzhen a chuté de 6,75% à 3663,04 points.

Le mouvement de panique s'est propagé à Hong Kong, où l'indice Hang Seng a clôturé en baisse de 5,84%. Il commence aussi à inquiéter la Bourse de Tokyo, qui a connu sa plus mauvaise séance depuis mars 2014 avec un recul de 3,14% de l'indice Nikkei.

La Bourse de Hong Kong, l'une des principales places financières d'Asie avec Singapour, est fortement tributaire des flux internationaux et à ce titre ressent les soubresauts en zone euro, liés à la crise grecque. Mais elle accueille surtout de nombreuses entreprises chinoises également cotées à Shanghai et se révèle particulièrement exposée à la dégringolade des marchés chinois.

Manque de liquidités

Après un an d'emballement financé en grande partie par des emprunts, le marché boursier chinois a abandonné plus de 30% en trois semaines, voyant s'envoler plus de 3200 milliards de dollars (3027 milliards de francs) en valeur, selon une estimation de l'agence Bloomberg. Soit une douzaine de fois le PIB de la Grèce l'an dernier.

Ils paient les excès passés et l'envolée des valeurs de 150% en un an, dopées par un endettement massif sans rapport avec l'économie réelle.

'La débâcle des marchés d'actions chinois s'étend désormais à d'autres, soulevant un mouvement de panique et un resserrement des liquidités'. Les investisseurs limitent leur exposition ou retirent leur mise en attendant une accalmie, notait Zheng Ge, analyste chez Wanda Futures.

'Ventes massives irrationnelles'

La décision de nombreuses sociétés de ne pas coter a accentué le phénomène. 'Le fait qu'une telle quantité d'entreprises soient suspendues restreint la liquidité disponible (car les titres concernés ne peuvent plus être vendus). Cela accroît le risque pour le reste de la cote', note Li Daxiao, analyste du courtier Yingda.

Plus de 500 firmes cotées en Chine ont annoncé la suspension de leur cotation mercredi, portant leur nombre à environ 1300, soit près de la moitié des 2800 valeurs 'A' de la Chine. 'Je n'ai jamais vu ce genre de dégonflement, il n'y a plus du tout de liquidités', déclare Du Changchun, analyste chez Northeast Securities.

'A l'origine, beaucoup (d'investisseurs) ne voulaient pas vendre de grosses valeurs. Mais comme un grand nombre de petites valeurs sont suspendues, le seul moyen de réduire son exposition au risque est de vendre les grosses valeurs.'

Même les autorités reconnaissent la gravité de la situation, et les limites de l'interventionnisme officiel. 'La panique des investisseurs et ces ventes massives irrationnelles provoquent une forte pression sur la liquidité des Bourses', s'est lamenté Deng Ge, porte-parole de la CSRC, le régulateur des marchés.

La crise financière guette

Ce plongeon de la Bourse est un casse-tête supplémentaire pour les autorités chinoises déjà confrontées aux conséquences du net ralentissement de la croissance de l'économie.

L'interventionnisme de Pékin pour tenter d'enrayer le mouvement a aussi soulevé des interrogations sur la capacité du régime à conduire à bien la libéralisation financière. Celle-ci est considérée comme un élément central de son programme de réformes économiques.

'Les répercussions de la correction du marché ne se sont pas encore manifestées', ont prévenu les analystes de Bank of America Merrill Lynch dans une note. 'Nous anticipons un ralentissement de la croissance, une détérioration des résultats des entreprises et un risque accru de crise financière'.

Les autorités ont gelé les projets d'introduction en Bourse et orchestré la mobilisation des sociétés de courtage et des gestionnaires de fonds. Ceux-ci se sont engagés collectivement à acheter pour au moins 120 milliards de yuans (18,5 milliards de francs) d'actions.

La société publique de financement des investissements sur marge a quant à elle bénéficié d'une ligne de liquidité directe de la banque centrale, mais toutes ces mesures n'ont produit des effets que lundi, la Bourse retombant dès le lendemain. Mercredi, seules 83 valeurs ont fini en hausse pour 1439 baisses.

/ATS
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