Depuis 75 ans, les Chaux-de-Fonniers débattent au Club 44

Créé il y a 75 ans à La Chaux-de-Fonds (NE) par le mécène et industriel chaux-de-fonnier Georges ...
Depuis 75 ans, les Chaux-de-Fonniers débattent au Club 44

Depuis 75 ans, les Chaux-de-Fonniers débattent au Club 44

Photo: Keystone/ADRIEN PERRITAZ

Créé il y a 75 ans à La Chaux-de-Fonds (NE) par le mécène et industriel chaux-de-fonnier Georges Braunschweig, le Club 44 essaie toujours de stimuler les neurones des habitants de la Métropole horlogère. Un lieu de débats hebdomadaires, connu loin à la ronde.

'En fondant le club à l'issue de la guerre, Georges Braunschweig a voulu libérer la parole. Il s'agit d'une reconstruction de l'esprit et de l'humanité par les échanges', observe Marie-Thérèse Bonadonna, déléguée culturelle du Club 44.

L'idée était aussi de donner envie à la main-d'oeuvre qualifiée de rester à la Chaux-de-Fonds, grâce à ses institutions culturelles comme la salle de musique, le théâtre à l'italienne et ce club de conférences.

Le fondateur, patron de l'entreprise horlogère Portescap, a voulu également contrecarrer la 'fordisation de la société', en faisant exploser les cloisons. Il souhaitait que la 'réalité des uns et des autres soit entendue', note la déléguée culturelle.

Au cours de sa longue histoire, le Club 44 a ainsi accueilli d'illustres orateurs, de Jean-Paul Sartre à François Mitterand en passant par François Truffaut, Ella Maillart ou Nicolas Bouvier.

Visionnaire

Dès les premières années du club, une attention toute particulière est portée aux questions des auditeurs. 'Ne pas vouloir que le public soit passif mais qu'il dispose d'un temps de parole aussi grand que celui de l'intervenant était visionnaire et avant-gardiste. Cela reste une singularité du lieu', constate Marie-Thérèse Bonadonna.

Au fil des années et des échanges, des initiatives sont nées au Club 44 comme le Forum transfrontalier, ID RégionS ou le Chemin des rencontres.

La déléguée culturelle précise toutefois que jusqu'en 1971, le club n'était pas ouvert aux femmes pour les grandes conférences du jeudi soir. Georges Braunschweig accepte qu'il s'ouvre à la gent féminine, à la condition 'que le niveau des conférences ne diminue pas'. 'Si cela nous paraît révoltant actuellement, cela correspondait aux moeurs de l'époque', remarque Marie-Thérèse Bonadonna.

A ce moment-là, le club était réservé à ses membres mais depuis le milieu des années 80, il est possible de venir écouter les conférences en payant le prix d'entrée. L'association a eu un pic de 1700 membres dans les années 1970. Mais actuellement, elle en compte environ 500.

Archives sonores

Une des autres spécificités du Club 44 est son architecture atypique. Depuis 1957, l'association est installée à rue de la Serre 64 de la Métropole horlogère dans un lieu conçu par l'architecte-designer italien Angelo Mangiarotti. L'endroit permet de présenter aussi une exposition de photographies qui se renouvelle tous les trois mois et dont le vernissage est lié au thème de la conférence du jour.

Chaque année, le Club propose 40 à 50 conférences. Depuis 1957, elles sont enregistrées - y compris les questions du public - et filmées depuis 2014. Les archives sonores de l'association sont un véritable trésor de 2100 conférences, disponibles gratuitement en ligne.

Certains orateurs sont devenus les coqueluches de l'institution comme le critique littéraire et historien français Henri Guillemin, qui y a tenu 17 conférences. Le politicien Jean Ziegler y est venu aussi de nombreuses fois. Ces dernières années, le journaliste antispéciste français Aymeric Caron a été invité trois fois.

Des Jésus qui attirent

Certains orateurs, comme l'astrophysicien Hubert Reeves, le chirurgien cardiaque pédiatrique René Prêtre ou la figure de la bienveillance romande Rosette Poletti ont drainé un tel public qu'il a fallu limiter les participants pour des questions de sécurité, explique Marie-Thérèse Bonadonna. 'Ce sont un peu des Jésus qui attirent par leur exemplarité et leur bonté', relève-t-elle.

Pour marquer ses 75 ans, le Club sort un livre le 23 mai, rédigé par de nombreux contributeurs. Cet ouvrage donne aussi la parole aux auditeurs.

'Ce lieu est un organe de santé publique car il est bon pour le métabolisme d'une société', conclut Marie-Thérèse Bonadonna. L'institution va devoir toutefois se passer de sa dynamique déléguée culturelle, qui va la quitter cet été après 11 ans de service et 'au moins 450 conférences', pour le Service de la culture du canton. Elle sera remplacée par Marie Léa Zwahlen.

/ATS
 

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