Toni Morrison, Nobel de littérature afro-américaine, est décédée

La célèbre écrivaine afro-américaine Toni Morrison est décédée, a annoncé sa famille mardi ...
Toni Morrison, Nobel de littérature afro-américaine, est décédée

L'écrivaine afro-américaine et prix Nobel Toni Morrison n'est plus

Photo: KEYSTONE/AP/CAROLYN KASTER

Seule écrivaine afro-américaine à avoir reçu le prix Nobel de littérature, Toni Morrison est décédée lundi à l'âge de 88 ans. Elle-même descendante d'une famille d'esclaves, l'auteure du best-seller 'Beloved' a donné une visibilité littéraire aux Noirs.

'Toni Morrison est décédée paisiblement la nuit dernière, entourée de sa famille et de ses amis', ont annoncé mardi ses proches dans un communiqué. Le texte ajoute que la célèbre romancière est décédée à l'issue d'une courte maladie, sans préciser laquelle.

Cette brillante universitaire a écrit onze romans sur une période couvrant six décennies, mais également des essais, des livres pour enfants, deux pièces de théâtre et même un livret d'opéra. Elle a exploré toute l'histoire des Noirs américains, de leur mise en esclavage jusqu'à leur émancipation dans la société américaine actuelle, racontant sans cesse la réalité du racisme.

Ses livres les plus connus sont 'Beloved' (1987), récompensé par le prix Pulitzer de la fiction et l'American Book Award, 'Le Chant de Salomon' (1977), 'Sula' (1973), 'Jazz' (1992), 'Love' (2003), 'Home' (2012) ou encore 'Délivrances' (2015). La charismatique écrivaine aux dreadlocks poivre et sel a également été la première Noire à obtenir une chaire à l'université de Princeton, sanctuaire longtemps réservé aux hommes blancs.

Décorée par Barack Obama

L'ancien président américain Barack Obama l'avait décorée de la Médaille présidentielle de la Liberté en 2012. Une année auparavant, elle avait reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Genève.

Lors de la remise du Nobel en 1993, l'Académie suédoise saluait dans l'oeuvre de cette New-Yorkaise d'adoption 'une puissante imagination, une expressivité poétique et le tableau vivant d'une face essentielle de la réalité américaine'.

Dans ses essais, comme 'Playing in the dark', elle décortique la place de l'esclave dans la construction, par contraste, de l'identité blanche américaine. Elle remarque que dans la fiction américaine, les Noirs ont longtemps servi de repoussoir pour mettre en valeur le héros blanc.

Fille de l'Ohio

Enfant de la Grande Dépression, Chloé Anthony Wofford (patronyme du planteur blanc qui possédait ses grands-parents esclaves) est née le 18 février 1931 à Lorain, près de Cleveland dans l'Ohio. Elle grandit dans une famille ouvrière de quatre enfants.

Elevée par un père qui détestait les Blancs et une mère au foyer gaie et bienveillante, Toni Morrison grandit dans un milieu pauvre et multiculturel. Elle affirme n'avoir jamais eu vraiment conscience de la ségrégation jusqu'à ce qu'elle parte en 1949 pour Howard University, surnommé la 'Black Harvard', à Washington.

Dotée d'une formidable confiance en elle, elle poursuit ses études à l'université de Cornell et y présente une thèse sur le suicide chez William Faulkner et Virginia Woolf. Elle devient professeure de littérature au Texas avant de revenir à Washington.

En 1958, elle épouse Harold Morrison, un étudiant en architecture d'origine jamaïcaine, mais le quitte en 1964 et s'installe à New York avec leurs deux fils de trois ans et trois mois.

Mue par 'la joie et non la déception'

Alors que l'Amérique est en pleine lutte pour les droits civiques, elle devient éditrice chez Random House et milite pour la cause noire en publiant les biographies de Mohammed Ali et Angela Davis. Son anthologie d'écrivains noirs 'The Black Book' (1974), plusieurs fois rééditée, incite toute une génération d'auteurs à faire entendre leur voix.

Mue par 'la joie et non la déception' et douée d'une force de caractère et d'un humour à toute épreuve, Toni Morrison accède à la notoriété en 1977 avec 'Le Chant de Salomon'. Puis c'est le triomphe mondial en 1987 avec 'Beloved', l'histoire tragique d'une ancienne esclave qui tue sa fille pour lui éviter cet asservissement. En 2006, le New York Times le consacre comme 'meilleur roman des 25 dernières années'.

Si elle écrit d'abord 'pour les Noirs', son écriture métissée, 'jazzée', folklorique, veut, dans un second temps, dépasser l''obsession de la couleur' pour toucher le lecteur dans ce qu'il a d'universel.

'J'aimerais écrire sur des Noirs sans avoir à dire qu'ils sont noirs. Exactement comme les Blancs écrivent sur les Blancs', aimait-elle répéter de sa voix grave, entrecoupée de rires communicatifs.

/ATS
 

Actualités suivantes