Ancien policier fribourgeois accusé d'abus de détresse pour du sexe

Un ancien policier fribourgeois de 63 ans comparaît en justice pour abus de détresse et corruption ...
Ancien policier fribourgeois accusé d'abus de détresse pour du sexe

Ancien policier fribourgeois accusé d'abus de détresse pour du sexe

Photo: Keystone

Un ancien policier fribourgeois de 63 ans comparaît en justice pour abus de détresse et corruption passive. Il est accusé d'avoir obtenu des faveurs sexuelles d'un requérant d'asile irakien débouté, contre la promesse de l'aider dans sa procédure administrative.

Le verdict sera rendu le 9 mars. Mardi devant le Tribunal pénal de la Sarine, le procureur général Fabien Gasser a requis une peine de 24 mois de prison, compatible avec le sursis. L'avocat du plaignant a demandé cette peine également. La défense a plaidé l'acquittement.

Chacun a mis en garde contre le risque de déformer cette affaire délicate par des clichés, dans un sens comme dans l'autre: le brave policier attaqué par un requérant revanchard ou le notable qui utilise son pouvoir pour profiter d'un étranger vulnérable.

L'affaire remonte à 2010, alors que le prévenu était encore dans la police. Il aurait fait une fellation au plaignant à trois reprises - deux fois dans une voiture et une fois à son domicile - après lui avoir promis qu'en échange il interviendrait en sa faveur.

L'accusé nie fermement ces infractions. Il réfute d'ailleurs tout penchant homosexuel. Des collègues l'ont vu trois fois sur une aire d'autoroute connue comme lieu de rencontres homosexuelles. Il indique qu'il ne s'y était arrêté que pour aller aux toilettes.

Soupçon de vengeance

Quant au requérant, il l'avait rencontré près d'un bâtiment de la police à Granges-Paccot (FR). L'homme d'origine irakienne lui aurait dit pouvoir fournir des informations sur un trafic de drogue au foyer de la Poya à Fribourg.

Le policier a expliqué qu'il avait été 'mis au placard' à un poste administratif, à une poignée d'années de la retraite. Histoire de montrer de quoi il était encore capable, il est resté en contact avec cet homme pour glaner des renseignements sur le trafic.

Le requérant espérait que le policier pourrait faire bouger son dossier, étant donné qu'il connaissait personnellement le responsable administratif. Quand il a réalisé que non, il s'est fâché et lui a dit qu'il aurait de ses nouvelles, raconte le prévenu.

L'ex-compagne du plaignant a dit que celui-ci était prêt à tout pour rester en Suisse. Il a réussi puisqu'il y est encore six ans plus tard, 'tout a été cousu de fil blanc', a martelé l'avocate du prévenu. Cette affaire lui a servi à prolonger son séjour, alors qu'il avait auparavant prétexté en vain un problème de passeport, puis un projet de mariage 'bidon', a-t-elle relevé.

Plaignant gêné

En début de procédure, le plaignant disait avoir fait des fellations au prévenu et non l'inverse, selon les procès-verbaux. Cette apparente incohérence est en réalité due à un malentendu, causé par sa pudeur ainsi que par des ambiguïtés linguistiques, ont argumenté le procureur et l'avocat du requérant.

Fait inhabituel: le précédent avocat du plaignant (commis d'office) a renoncé à son mandat au début du procès en 2013, pour s'exprimer comme témoin de la défense. Plutôt que de plaider, il a préféré pouvoir raconter ces premiers entretiens afin de montrer la bonne foi de son client.

Le requérant lui-même a dit qu'il avait cherché à oublier cette histoire et que cela le gênait terriblement d'en parler. Il précise qu'il est hétérosexuel. Ce n'est pas lui qui a dénoncé le cas en premier. C'est une tierce personne qui l'a rapporté alors qu'elle témoignait dans une autre procédure de justice touchant le plaignant.

Incrédulité des proches

Certes, les actes attribués au prévenu suscitent l'incrédulité de ses proches, car ils ne lui connaissent pas de penchant homosexuel. Mais aucun ami, ni même une ex-épouse, ne peut prétendre connaître totalement la sexualité de quelqu'un, a commenté le procureur.

Une vie sexuelle essentiellement vouée aux femmes n'exclut pas la découverte d'autres expériences, a-t-il ajouté. Il n'est pas rare de voir se révéler l'homosexualité d'un des partenaires d'un couple homme-femme, même après des années de mariage.

/ATS


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