Confrontation entre police et manifestants camerounais à Genève

Environ 250 personnes protestent samedi à Genève contre la présence du président camerounais ...
Confrontation entre police et manifestants camerounais à Genève

Confrontation entre police et manifestants camerounais à Genève

Photo: KEYSTONE/EPA KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

Environ 250 personnes ont protesté samedi après-midi à Genève contre la présence du président camerounais Paul Biya à l'hôtel Intercontinental. Des confrontations ont lieu entre les manifestants et la police.

Les forces de l'ordre ont sorti la tonne-pompe et fait usage de gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de Keystone-ATS sur place. Quelques heurts ont eu lieu entre les pro Biya et les opposants.

Selon le porte-parole de la police genevoise, Sylvain Guillaume-Gentil, certaines personnes ont été incommodées, mais personne n'a été hospitalisé. A cause de la chaleur, quelques manifestants ont eu des malaises passagers. En fin d'après-midi, ils n'étaient plus que 30 à 50 personnes à manifester calmement.

'Paul Biya responsable no 1 de l'immigration en Europe', pouvait on lire sur des pancartes. Les manifestants ont accusé la Suisse de protéger un dictateur. Ils ont tenté d'accéder à l'hôtel Intercontinental depuis la place des Nations.

Rideaux de lacrymos

La police a fait un premier barrage avec des lacrymogènes et des canons à eau. Il a été forcé par les manifestants qui se se sont retrouvés face à un deuxième rideau d'eau et de gaz, à mi-chemin entre la Place des Nations et l'hôtel Intercontinental.

Les routes ont été fermées dans le secteur de la place des Nations. Les polices vaudoise et neuchâteloise étaient présentes en renfort.

Ultimatum à 13h00

De nombreux policiers, pour la plupart en tenue anti-émeute, avaient pris place autour du luxueux hôtel où séjourne le chef de l'Etat, âgé de 86 ans, avant la manifestation d'opposants dénonçant son régime.

'Nous, Camerounais, exigeons que le Cameroun entre dans l'ère du modernisme démocratique, alors que nous vivons depuis 37 ans sous la dictature sénile de Paul Biya', a déclaré Robert Wanto, responsable du Conseil des Camerounais de la diaspora, qui vit en exil en France depuis près de trente ans.

'Ce dictateur a pris ses habitudes à l'hôtel Intercontinental, où il dilapide des milliards de nos francs, alors que le pays est économiquement malade. On ne peut pas l'accepter', a-t-il ajouté, faisant état d'un 'ultimatum' adressé au président camerounais pour qu'il quitte les lieux, peu avant le début de la manifestation.

Moins de 500 mètres

L'ambassade du Cameroun à Berne avait mis en garde plus tôt dans la semaine, assurant que des Camerounais vivant en Europe se préparaient à une 'violente' manifestation en Suisse samedi.

La police de Genève a indiqué qu'elle s'attendait à une 'importante' mobilisation, qui ne serait pas autorisée à approcher à moins de 500 mètres de l'hôtel de Paul Biya.

L'établissement était aussi protégé samedi par des membres du service de sécurité du président camerounais. Cette semaine, des affrontements mineurs les avaient opposés à des petits groupes de manifestants, jusque dans le hall de l'hôtel.

La Confédération avait convoqué jeudi l'ambassadeur camerounais. Elle a protesté contre l'agression d'un journaliste de la RTS couvrant ces événements par des membres présumés du service d'ordre présidentiel.

Multiples tensions

Le Cameroun, dirigé par Paul Biya, 86 ans, au pouvoir depuis 1982, est en proie à de multiples tensions. Les séparatistes anglophones du Cameroun, pays à majorité francophone, militent pour la création d'un Etat indépendant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Fin 2017, après un an de protestation, des séparatistes ont pris les armes contre Yaoundé. Depuis, le conflit armé n'a cessé de prendre de l'ampleur, poussant plus de 530'000 personnes à quitter leur foyer, selon des chiffres de l'ONU. Et en vingt mois, le conflit a fait 1850 morts, selon le centre d'analyses géopolitiques International Crisis Group (ICG).

La diplomatie suisse oeuvre comme facilitatrice pour une solution face à la crise actuelle au Cameroun. Une discussion avec des groupes d'opposition a eu lieu cette semaine en Valais pour préparer des pourparlers de paix avec le gouvernement. Une première réunion avait eu lieu en mai à Genève.

/ATS
 

Actualités suivantes