Gentiane ou plantain, qui va profiter du réchauffement?

Avec le réchauffement, les fleurs typiques des Alpes pourraient se voir évincées par des concurrentes ...
Gentiane ou plantain, qui va profiter du réchauffement?

Gentiane ou plantain, qui va profiter du réchauffement?

Photo: Keystone

Avec le réchauffement, les fleurs typiques des Alpes pourraient se voir évincées par des concurrentes de plus basse altitude. Afin d'étudier le futur des gentianes et autres edelweiss, l'institut WSL a descendu dix tonnes de végétation de 2100 à 1400 m d'altitude.

Des gentianes sur l'emballage du beurre, des edelweiss sur les chemises: les plantes alpines font partie intégrante de la culture suisse. Si le climat se réchauffe comme le prévoient les experts, elles pourraient se retrouver en danger.

Leur territoire serait alors envahi d'une part par des insectes herbivores plus nombreux et d'autre part par des plantes plus compétitives dominant les prairies et pâturages de plus basses altitudes, comme le plantain lancéolé ou le dactyle pelotonné.

Il est à craindre que ces dernières se propagent aux dépens des gentianes et des androsaces, et ce parce qu'elles résistent mieux à la compétition pour la lumière et aux attaques des herbivores, a indiqué vendredi l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).

Des chercheurs du WSL et de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ) ont donc décidé de mettre en place une expérimentation dans le massif de Calanda, près de Coire. Par hélicoptère, ils ont déplacé de 2100 à 1400 mètres d'altitude 80 plaques d'herbes d'un mètre carré avec leurs racines, chacune pesant 125 kg.

De plus, les chercheurs ont transplanté les plantes concurrentes de plus basses altitudes au sein des mottes alpines déplacées. 'Nous effectuons cela en automne, car les plantes sont moins sensibles aux perturbations', explique Loïc Pellissier, professeur d'écologie du paysage à l'EPFZ et au WSL, cité dans le communiqué. L'étude est menée en collaboration avec le groupe de Jonathan Levine à l'EPFZ.

Dans le climat du futur

Avec cette transplantation, les plantes alpines sont déplacées dans un climat plus chaud d'environ trois degrés, comme ce qui est prévu pour la fin du XXIe siècle si aucune mesure contre les émissions de gaz à effet de serre n'est prise. Le début de l'expérience est fixé au printemps prochain.

Dans une étude sur la flore des sommets, les chercheurs du WSL ont déjà pu démontrer à quelle vitesse les plantes migrent en altitude à mesure que le climat change. Ils ont cartographié les plantes de 150 sommets et cols en Suisse et les ont comparées aux données du même lieu datant d'il y a 100 ans. Résultat: une progression de 80 mètres vers le haut.

En 2012, des collègues de Loïc Pellissier à l'EPFZ ont déjà transplanté des mottes de plus petite envergure de 2000 et 2600 mètres d'altitude à 1400 mètres. Ils ont constaté que face à leurs concurrentes poussant rapidement, les plantes alpines avaient du mal à s'épanouir.

L'expérimentation n'avait cependant pas déterminé la cause – elles avaient peut-être subi les attaques de nouveaux insectes herbivores. La nouvelle expérience aura l'avantage d'examiner séparément les différents facteurs de cette lutte d'influence.

Dans d'autres lieux aussi

Ainsi, sur une partie des mottes transplantées, les chercheurs lâchent la communauté d'insectes de 1400 mètres. Sur une autre partie, l'environnement racinaire des mottes alpines est enrichi avec de la solution de sol des deux lieux.

Les scientifiques supposent en effet que les plantes de plus basse altitude pourraient avoir une longueur d'avance grâce aux champignons et aux micro-organismes du sol.

Des confrères des universités de Lausanne et de Grenoble (F) conduisent la même expérimentation dans d'autres lieux dans les Alpes. Ainsi, les chercheurs pourront analyser les données des différents lieux et les comparer.

'L'expérimentation dans le massif de Calanda doit durer au minimum dix ans', conclut Loïc Pellissier: 'Nous voulons mieux comprendre la dynamique du processus d'éviction et savoir à quelle vitesse il se déroulera'.

/ATS


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