L'accusé dans le drame de Granges-Marnand dit avoir vu un feu vert

Le procès du conducteur de train qui a provoqué une collision ferroviaire mortelle en juillet ...
L'accusé dans le drame de Granges-Marnand dit avoir vu un feu vert

L'accusé dans le drame de Granges-Marnand dit avoir vu un feu vert

Photo: KEYSTONE/LAURENT GILLIERON

Le procès du conducteur de train qui a provoqué une collision ferroviaire mortelle en juillet 2013 à Granges-Marnand (VD) s'est tenu mardi à Yverdon. L'accusé est persuadé de ne pas avoir brûlé de feu rouge. Le procureur a requis des jours-amende avec sursis.

En mai dernier, il n'était psychologiquement pas capable d'assister à son procès pour homicide par négligence et lésions corporelles par négligence. Ce mardi à Yverdon-les-Bains, ce mécanicien de 58 ans a fait le déplacement.

Les cheveux oscillant entre gris et blanc, des lunettes, une chemise à petits carreaux, il fait face au Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois. Face aux juges mais aussi face aux parents du conducteur de train de 24 ans décédé dans l'accident, présents parmi les nombreux journalistes.

Feu vert

Et durant toute la journée, l'homme entré aux CFF à l'âge de 26 ans, n'en démord pas. Ce 29 juillet 2013, en gare de Granges-Marnand, il a remis son convoi reliant Payerne à Lausanne en marche car le feu était vert.

'J'ai vu la position du vert avant de partir', martèle-t-il. 'C'est impossible', rétorque le président, tentant de le confronter . 'Vous avez démarré au rouge et vous n'êtes pas daltonien'. Rien à faire, le prévenu n'y croit pas: 'Si j'avais vu du rouge, je ne serais pas parti'.

Deux minutes de retard

Il le répète également, il ignorait qu'il devait croiser à Granges-Marnand et son train avait déjà deux minutes de retard. 'Je n'avais qu'une seule priorité, minimiser ce retard ou du moins ne pas l'accentuer'.

Ce n'est que lorsqu'il a vu le train arrivant en sens inverse que le quinquagénaire a pris conscience du danger. Son train roule déjà depuis 28 secondes lorsqu'il enclenche le freinage d'urgence et se lève pour s'éloigner du choc. Face à lui, un RegioExpress conduit par un mécanicien de 24 ans.

Choc mortel

Malgré un freinage d'urgence, le jeune perdra la vie dans la violente collision. Son convoi roulait à 45km/h, celui qui vient de quitter Granges-Marnand à 60km/h. Vingt-six personnes sont blessées à des degrés divers.

Devant la Cour, l'accusé et plusieurs mécaniciens expérimentés appelés comme témoins ont insisté sur la pression mise sur leurs épaules lors de retards. 'On doit s'occuper en permanence de l'horaire'.

Pression croissante

Tous soulignent que depuis l'arrêt de la procédure du double contrôle, où deux agents partageaient la responsabilité du départ du train avec le mécanicien, la pression sur le conducteur s'est accentuée.

'Partir alors que le signal est fermé, cela nous est arrivé à tous', reconnaît un témoin. Quant à la gare de Granges-Marnand, elle n'était pas encore équipée du système de surveillance ZUB, chose faite depuis 2014. Et le double contrôle a été réintroduit après l'accident.

Seul accusé

'Comment se fait-il qu'il n'y ait qu'un accusé aujourd'hui?', finit par lâcher un témoin. Un avis partagé par le prévenu qui ne cache sa colère à l'encontre des CFF. Une entreprise à laquelle il reproche d'avoir, au fil des années, remplacé certains filets de sécurité par des 'faites-gaffe'.

Rapport de l'ancien Service d'enquête suisse sur les accidents (SESA) à l'appui, le procureur Stephan Johner rappelle que la responsabilité des CFF a été examinée et écartée. 'Ils ont respecté l'intégralité des normes', ajoute-t-il. 'Il y a un moment, le conducteur doit assumer les responsabilités liées à son cahier des charges'.

Le magistrat a requis une peine qu'il juge 'relativement raisonnable': 90 jours-amende avec un sursis de deux ans. Le magistrat a dit ne pas vouloir accabler l'accusé. Brûler un feu rouge, 'c'est un accident qui peut arriver à tout le monde'. Reste que 'les conséquences sont ici dramatiques'.

Dans un bureau

De son côté, l'avocate de l'accusé Tiphanie Chappuis a souligné que plus rien ne sera jamais comme avant pour son client: un homme qui travaille toujours pour l'ex-régie fédérale mais dans un bureau, à son plus grand grand dam.

'A Granges-Marnand, il était désespérément seul', a plaidé l'avocate. Et de demander une peine plus modérée que celle requise par le procureur. 'Parfois, la plus grande clémence s'impose'. Lecture de jugement mardi prochain.

/ATS
 

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