Le Conseil fédéral contre l'initiative sur les soins infirmiers

Le Conseil fédéral estime avoir pris des mesures suffisantes contre la pénurie de personnel ...
Le Conseil fédéral contre l'initiative sur les soins infirmiers

Le Conseil fédéral contre l'initiative sur les soins infirmiers

Photo: KEYSTONE/PETER SCHNEIDER

Le Conseil fédéral estime avoir pris des mesures suffisantes contre la pénurie de personnel qualifié dans les soins. Il recommande au Parlement de rejeter l'initiative populaire 'Pour des soins infirmiers forts'.

'Le Conseil fédéral est conscient de la situation, mais l’article constitutionnel sur les soins médicaux de base, largement accepté en 2014, permet déjà de renforcer les soins infirmiers, a expliqué mercredi le président de la Confédération Alain Berset devant la presse. Raison pour laquelle il renonce à présenter un contre-projet.

Lancée en janvier 2017 par l'Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI), l'initiative a pour but de revaloriser la profession afin de faire face à la menace de pénurie de personnel soignant. Les revendications des infirmiers sont légitimes, mais ne pas opposer de contre-projet à ce texte ne signifie pas l'inaction, a estimé le ministre des assurances sociales.

Plusieurs mesures fédérales et cantonales prennent en compte les demandes des infirmiers. Le programme de formation aux professions des soins 2010-2025 porte ses fruits. Le nombre de diplômés augmente.

Des solutions en vue du financement de programmes de réinsertion et de maintien du personnel dans les soins de longue durée ont également été adoptées. En mars, le Département fédéral de l’intérieur a en outre été chargé d'élaborer un plan pour promouvoir les soignants.

Salaires plus élevés

L'initiative réclame des conditions plus attrayantes, notamment au niveau des heures de travail, des services de piquet, des possibilités de formation continue. Autre exigence, les salaires doivent être appropriés, surtout lors de la formation. Le personnel soignant doit être formé en nombre suffisant et fidélisé.

Un infirmier ne devrait plus avoir besoin d'une ordonnance médicale pour se faire payer certaines prestations de soins. Celles-ci seraient directement facturées à la charge de l’assurance de base. Cette demande ainsi que la hausse souhaitée des rémunérations entraîneraient des coûts supplémentaires 'indésirables' pour le système de santé, remarque le Conseil fédéral.

Pour le budget de la Confédération, cela pourrait signifier une charge supplémentaire de 4 à 10 millions de francs par an pour la réduction individuelle des primes.

Pénurie chiffrée

Un rapport datant de 2016 prévoit qu'il faudra près de 40'000 personnes supplémentaires dans les domaines des soins et de l’accompagnement des patients d'ici à 2025. Les besoins seront les plus grands dans les services d’aide et de soins à domicile, dans les cliniques de rééducation et dans les établissements médico-sociaux.

L'écart entre la demande en soins infirmiers de la population et le personnel formé disponible se creuse toujours plus. Au cours des cinq dernières années, seuls 43% du nombre d'infirmiers nécessaire ont été formés, selon l'ASI.

Seule solution, aux yeux de l'ASI et du comité d'initiative: revaloriser le statut d'infirmière, afin de motiver des jeunes à se lancer dans cette carrière. Le texte veut ancrer dans la Constitution le statut des soins infirmiers 'comme une composante importante des soins' et les encourager.

Occasion ratée, selon les initiants

En confirmant son rejet de l'initiative sans présenter de contre-projet, le Conseil fédéral 'rate l'occasion de prendre des mesures urgentes contre la pénurie dans les soins', déplore l'ASI. Selon elle, le plan d'action envisagé par le gouvernement est loin d'être suffisant.

'L'initiative sera soumise au peuple, à moins que le Parlement n'intervienne et présente un contre-projet approprié', souligne la secrétaire générale de l'ASI Yvonne Ribi, citée dans le communiqué.

Mercredi, l'ASI a organisé une journée d'action menée dans huit grandes villes suisses sur le thème 'Qui me soignera en 2030, cher conseiller fédéral?'. Objectif: souligner la nécessité de former davantage de personnel soignant pour assurer la sécurité des patients.

/ATS
 

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