La Suisse remet en cause la méthodologie de la dernière étude PISA

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La Suisse remet en cause la méthodologie de la dernière étude PISA

La Suisse remet en cause la méthodologie de la dernière étude PISA

Photo: Keystone

Le niveau des élèves suisses en mathématiques et en sciences se situe au-dessus de la moyenne de l'OCDE. En lecture, les 6600 jeunes de 15 ans ayant participé aux tests sont dans la moyenne, selon l'étude PISA 2015. La méthodologie est cependant remise en cause.

En mathématiques, la Suisse obtient 521 points, tandis que la moyenne des pays de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) s'établit à 490 points. En sciences, le score des élèves suisses (506) dépasse la moyenne de l'OCDE (493). En lecture, il est légèrement en deçà, 492 contre 493. Mais ces résultats ne sont pas interprétables, d'après la Conférence des directeurs cantonaux de l'instruction publique (CDIP).

Présentant mardi à Berne l'étude PISA 2015, cette dernière a émis des critiques suite aux changements opérés dans la méthodologie. Le prélèvement et l'analyse des données ne permettent pas de comparer le score obtenu en 2015 avec celui de 2012, ni de le rapporter à ceux des 72 pays étudiés. 'Nous sommes très réservés', a déclaré Christoph Eymann, président de la CDIP.

Problèmes de méthode

Pour la première fois, les tests ont été menés sous forme électronique. Or, contrairement aux épreuves rendues auparavant sur papier, la réalisation sur ordinateur ne permettait pas de revenir en arrière pour répondre à une question laissée de côté, et un aperçu global du test n'était pas possible. Le recours à cette technologie a eu des effets 'considérables', relève la CDIP.

Deuxième bémol, l'échantillon d'élèves suisses - sélectionné selon les critères internationaux - n'est pas nécessairement représentatif de la population des jeunes de 15 ans. La CDIP a constaté que la proportion d'élèves allophones était de 10% plus élevée en 2015 qu'en 2012, une différence qui n'est pas confirmée par les statistiques nationales.

Faute de 'base raisonnable', les résultats de PISA 2015 ne se prêtent pas à une interprétation, déplorent les responsables cantonaux de l'éducation: 'Nous sommes confrontés à un très sérieux problème de qualité'. Très préoccupés, ils ont envoyé une lettre au Secrétaire général de l'OCDE, Angel Gurría.

Débat scientifique réclamé

Dans ce courrier, ils rappellent avoir déjà signalé le problème du brouillage des tendances causé par le passage à l'ordinateur. Dès 2013, à la conférence ministérielle de l'OCDE à Istanbul, la Suisse s'inquiétait de la comparabilité des tests 2015 avec les précédents. Le sujet n'a toutefois 'jamais été traité sérieusement' par les directeurs de PISA (Pisa Governing Board).

La CDIP juge impératif de remédier aux problèmes mentionnés. En outre, elle demande qu'un débat scientifique indépendant soit inclus dans le programme PISA. Une discussion sur l'évolution de l'étude et ses dysfonctionnements doit être possible. Par ailleurs, les pays finançant l'étude doivent disposer d'une 'latitude adéquate pour prendre les décisions de pilotage'.

A ce stade, la Suisse se refuse à publier le rapport PISA, qui peut néanmoins être consulté sur le site internet de l'OCDE. Elle propose trois tableaux, subdivisés en trois niveaux: dans chaque discipline, les élèves suisses figurent au niveau intermédiaire. La CDIP se contente au final de qualifier de 'stables' les résultats obtenus sur plusieurs cycles PISA.

Enseignants romands menaçants

Quant aux enseignants, s'ils jugent les résultats encourageants, ils ne peuvent pas pour autant s'en réjouir. 'Le passage des tests PISA a été biaisé!', a réagi dans un communiqué le Syndicat des enseignants romands (SER). Il considère aussi que les résultats suisses ne peuvent être comparés ni avec les scores antérieurs, ni avec ceux des autres pays, 'ce qui est très ennuyant et peu professionnel'.

Le SER avertit que si l'OCDE répond insuffisamment aux problèmes constatés, les faîtières suisses d'enseignants 's'emploieront à faire en sorte que les millions dépensés pour PISA soient utilisés à l'avenir pour le monitorage du système de formation national'.

Outre le passage à l'ordinateur et la modification de l'échantillonnage, le SER pointe du doigt l'échelle de points qui a été modifiée. 'Pourquoi n'y a-t-il aucune transparence sur ces effets d'échelle?', demandent les enseignants. Ils exigent également un dialogue scientifique critique entre la direction de PISA et les chercheurs de Suisse et d'ailleurs. 'Dans le cas contraire, PISA perd toute crédibilité'.

L'Asie en tête

Depuis 2000, l'étude PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) évalue des élèves de 15 ans dans les pays de l'OCDE. Si la Suisse occupe un bon niveau sur le plan européen, ce sont les pays asiatiques, Singapour en tête, qui tiennent le haut du classement mondial.

/ATS


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