Prostitution: 4,5 ans de prison pour un passeur à Lausanne

Un Nigérian de 49 ans a été condamné mardi à Lausanne pour avoir fait venir en Suisse deux ...
Prostitution: 4,5 ans de prison pour un passeur à Lausanne

Prostitution: 4,5 ans de prison pour un passeur à Lausanne

Photo: KEYSTONE/AP/ANTONIO CALANNI

Un Nigérian de 49 ans a été condamné mardi à Lausanne pour avoir fait venir en Suisse deux compatriotes mineures pour qu'elles s'y prostituent. Il a été sanctionné par une peine de prison de quatre ans et demi.

Condamnée pour traite d'êtres humains, blanchiment d’argent et incitation à l’entrée et au séjour illégal, le passeur a aussi écopé de 180 jours-amendes à 30 francs. Il devra encore verser 25'000 francs de tort moral à chacune de ses deux jeunes victimes.

Lundi lors du procès, le Ministère public avait requis à son encontre cinq ans ferme et un an de peine pécuniaire. Me Georges Reymond, l'avocat de ce père de famille africain, domicilié avec sa femme à Nancy (F) où il a demandé l’asile politique et vit de l’aide sociale, demandait l’acquittement.

Contacté par Keystone-ATS, il confie qu’après avoir consulté son client, il fera très probablement appel de cette condamnation auprès du Tribunal cantonal. 'Mon client a toujours contesté toute participation aux faits qui lui sont reprochés', relève l'homme de loi.

Le Nigérian, qui 'naviguait' entre la Suisse, l’Italie et l’Espagne au moment des faits, était jugé pour avoir fait rentrer illégalement en Suisse en 2016 deux compatriotes de 14 et 15 ans afin de les obliger à se prostituer. Et ce avec la complicité active de son épouse. Ces deux jeunes femmes, aujourd’hui âgées de 19 et 20 ans, issues de milieux modestes, ont été soumises au 'juju'. Ce rituel d’ordre magique, en vigueur dans le sud du Nigéria, laisse croire à ses victimes que du mal pourrait leur être fait et à leur famille si elles venaient à désobéir.

Battues et menacées de mort

Une fois en Suisse, les deux mineures ont été contraintes à se prostituer en prétendant être majeures sous la surveillance d’une certaine Mirabelle. Les deux Nigérianes ont été battues et menacées de mort par l’épouse du passeur. Elles étaient aussi contraintes à reverser tous leurs gains, au prétexte de rembourser chacune les 40'000 euros qui auraient été engagés dans leur venue en Europe via le Niger, la Libye et l’Italie.

'Je pensais faire un travail normal en arrivant en Europe et au final j’ai dû me prostituer pendant deux ans. Je me sentais mal, j’étais triste et pleurais sans cesse. J’ai même eu une infection qui m’a conduit au CHUV. Ça a été une expérience horrible qui m’a longtemps fait faire des cauchemars. Aujourd’hui, je dois encore prendre des médicaments pour pouvoir dormir', a expliqué lundi l’une des victimes à la barre.

La jeune femme suit désormais un apprentissage à la Migros. 'Ce juju est vraiment très fort et je ne sais pas quand cela peut me frapper', a-t-elle aussi raconté. 'Aujourd’hui, j’ai encore peur car il y a le juju qui est là', a confirmé la seconde victime.

D’après l’acte d’accusation, sept autres jeunes nigérianes mineures ont été victimes des agissements de l’accusé et de sa compagne mais celles-ci n’ont pas porté plainte. 'On a affaire à des gens qui n’ont aucun scrupule dans ces affaires de traite d’êtres humains qui voient des adolescentes traverser l’Afrique pour être mises sur les trottoirs de Lausanne', a relevé lundi le procureur.

/ATS