TPF: un deuxième plaignant parle de tortures et de meurtres

Le Tribunal pénal fédéral a débuté mardi l'interrogation d'un deuxième plaignant dans le procès ...
TPF: un deuxième plaignant parle de tortures et de meurtres

TPF: un deuxième plaignant parle de tortures et de meurtres

Photo: KEYSTONE/PABLO GIANINAZZI

Le Tribunal pénal fédéral a débuté mardi l'interrogation d'un deuxième plaignant dans le procès d'un ancien commandant libérien. Ce dernier est accusé de crimes de guerre durant la première guerre civile, entre 1993 et 1995.

Le plaignant a été questionné sur la situation dans la province du Lofa (nord) au moment des faits. Lorsque le NPFL (National Patriotic Front of Liberia) de Charles Taylor a pris la ville de Foya, il a fait régner l'ordre. 'C'est quand les combats avec l'ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy) ont débuté que tout est allé de travers.'

Ancien commandant de l'ULIMO, Alieu Kosiah est accusé du meurtre de 18 civils et de deux soldats désarmés, commis par lui-même ou par ses hommes, du viol d'une jeune femme ainsi que d'actes de torture et d'anthropophagie. Arrivé en Suisse à la fin des années 1990, l'accusé a été arrêté en novembre 2014 et est détenu depuis lors. L'accusé, qui aura 41 ans en mars, est présumé innocent.

Anthropophagie

Selon le plaignant, les ULIMO se sont très mal conduits avec les civils qui étaient réquisitionnés pour des travaux forcés ou pour chercher de la nourriture dans des zones non contrôlées et dangereuses. Interrogé sur l'anthropophagie, il a expliqué que la pratique était courante durant le conflit. Un combattant ULIMO, 'Ugly Boy', lui aurait dit qu'il mélangeait du foie humain à de la viande animale.

C'est lorsqu'il a été amené de force à Foya que le témoin a vu pour la première fois 'CO Kosiah', le 'Commanding Officer' pour le Lofa. Avec six autres hommes, dont un cousin, il avait fui dans la brousse après la prise de Foya par l'ULIMO lorsqu'il a été capturé. Considérés comme des rebelles, ils ont été soumis au tabé, un supplice consistant à lier très serré les poignets et les coudes de la victime.

Le plaignant aurait vu ensuite un soldat écraser la tête d'un de ses compagnons avec une pierre. 'J'ai fermé les yeux, j'ai entendu des coups de feu et des cris. Kosiah disait: 'Nous avons tué les six autres pourquoi pas celui-là?'' Un autre commandant s'y opposait. Le témoin a alors reçu un coup de couteau dans le dos. 'Deux personnes m'ont dit que c'était Kosiah.'

Dans les rangs de l'ULIMO

Par la suite, le plaignant a servi dans l'ULIMO, dans le groupe 'Alligator'. Les hommes combattaient sans uniforme, en t-shirt, parfois avec un pantalon ou une veste de treillis. Ils s'identifiaient durant les combats en criant le nom de leur faction ou en portant un bandana vert.

L'homme a été interrogé sur le pillage de la centrale électrique de Foya. Les éléments ont été transportés jusqu'en Guinée sur des véhicules dépourvus de moteur. Ceux-ci étaient tirés et poussés par des civils escortés par le témoin et d'autres soldats de l'ULIMO. Un garde du corps d'Alieu Kosiah aurait tué un civil d'une balle dans le front. 'Kosiah était là, il n'a rien fait.'

Les larmes du Black Monday

Présent lors du 'Black Monday', un massacre attribué à l'ULIMO, le témoin parle d'un 'vrai génocide'. Son cousin aurait été dépecé ce jour et son coeur arraché. Interrogé par Dimitri Gianoli, l'avocat de M. Kosiah, le plaignant a fondu en larmes. Il a quitté la milice lors des divisions entre l'ULIMO-J et l'ULIMO-K dues à des tensions tribales et s'est réfugié au Sierra Leone.

L'homme a expliqué qu'il a déposé plainte 'parce qu'il n'y a pas de justice au Libéria'. Il n'a pas peur de l'accusé mais il a été attaqué à deux reprises après son retour de Suisse par d'anciens ULIMO. Sa plainte n'a pas abouti. Des officiers du NPFL l'ont aussi approché pour savoir s'il avait aussi témoigné contre Taylor.

Comme la veille et lors des premiers débats en décembre, l'accusé a soudain perdu son calme, criant qu'il était détenu depuis six ans. Le président a ordonné une pause.

Les débats reprennent mercredi et sont agendés jusqu'à début mars. La Cour des affaires pénales entendra les autres plaignants au cours des jours à venir.

/ATS
 

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