Une surmortalité persistante chez les jeunes adultes en Suisse

Chaque année en Suisse, sur 1000 jeunes adultes (15-39 ans), seuls une femme et deux hommes ...
Une surmortalité persistante chez les jeunes adultes en Suisse

Une surmortalité persistante chez les jeunes adultes en Suisse

Photo: KEYSTONE/CARLO STUPPIA

Chaque année en Suisse, sur 1000 jeunes adultes (15-39 ans), seuls une femme et deux hommes perdent la vie. Ce constat positif en chiffres absolus masque une surmortalité résiduelle liée aux suicides et aux accidents de la route, mais aussi de fortes inégalités.

Depuis que les statistiques nationales existent, l’espérance de vie en Suisse a connu une explosion, d’environ 40 ans en 1876 à près de 85 ans aujourd’hui, indique dans un communiqué le Pôle de recherche national LIVES 'Surmonter la vulnérabilité: perspective du parcours de vie' (PRN LIVES).

Malgré ces avancées, les jeunes adultes persistent à souffrir d'une surmortalité par rapport à ce qu'on attendrait compte tenu de leur bonne santé globale. Comparativement à la mortalité enfantine et à l’âge adulte, cette anomalie persiste et provoque dans les taux de décès par âge une 'bosse' distincte due en premier lieu aux taux plus élevés de suicides et d'accidents mortels.

Cette 'bosse' n’a cependant jamais été totalement expliquée, les jugements hâtifs l’emportant souvent sur l’approche scientifique, et mettant en avant des comportements à risques qui seraient le propre de la jeunesse ou du domaine de la responsabilité individuelle. L'équipe d'Adrien Remund, à l'Institut de démographie et socioéconomie de l'Université de Genève, a tenté d'y voir plus clair.

Causes de décès

Premièrement, la surmortalité des jeunes adultes s’applique autant aux jeunes femmes qu’aux jeunes hommes, même si pour ces derniers le phénomène est plus marqué. D’un point de vue international, elle est identifiable aussi loin que les statistiques publiques permettent de remonter, soit au milieu du XVIIIe siècle.

Deuxièmement, les causes de décès ne sont pas aussi limitées que pensé initialement. En effet, jusqu’à la moitié du XXe siècle, la grande majorité était imputable à la tuberculose et, pour les femmes, à la mortalité maternelle. Ce constat international s’applique également à la Suisse.

Ce n’est que depuis la démocratisation des véhicules à moteur dans l’après-guerre que les accidents de circulation sont devenus la cause principale de mortalité des jeunes, avant d'être dépassés par les suicides dans les années 1970.

Depuis un certain temps, on observe cependant une baisse remarquable des morts de la route et des suicides, note l'auteur. Avec pour conséquence que cette problématique est probablement moins mise en avant aujourd’hui qu'il y a dix ou vingt ans.

Inégalités sociales

Troisièmement, dans les discussions sur les politiques publiques à adopter dans la lutte contre les nouveaux maux de la jeunesse, la question des inégalités sociales a rarement été centrale. Or de fortes inégalités persistent.

Il a par exemple pu être montré que, parmi les 15-35 ans vivant en Suisse entre 1990 et 2008, le fait d'être au chômage par exemple, double le risque de décès. Le décrochage scolaire l’augmente de 60% et le fait de grandir dans un ménage monoparental de 50%, de même que l’origine extra-européenne.

A l’inverse, un jeune ayant une formation tertiaire a presque deux fois moins de risque de décéder qu’un autre n’ayant qu’une formation obligatoire. Ces facteurs de risque se cumulant souvent, on observe des rapports de 1 à 100 entre les individus les plus protégés et les plus vulnérables.

Jeunes défavorisés

En réalité, soulignent les chercheurs, il est possible de montrer que près des deux tiers des jeunes adultes vivant en Suisse ne sont pas concernés par la bosse de surmortalité. La vulnérabilité des jeunes défavorisés suffit seule à générer la surmortalité observée au niveau général.

Ce triple constat empirique amène donc les scientifiques à revoir leur conception de la mortalité des jeunes adultes, en Suisse comme ailleurs. Les efforts consentis jusqu’ici en termes de prévention, notamment routière, ont certes permis une baisse générale, mais ils ont été incapables de combler les inégalités parfois abyssales entre les jeunes issus de milieux favorisés et les plus vulnérables.

Une vraie politique de prévention commencerait donc par définir une stratégie permettant de mieux cibler les jeunes les plus fragiles. Ces objectifs de santé publique passeront probablement par la lutte déjà entamée contre le décrochage scolaire et économique, qui est actuellement le facteur de risque principal, concluent les auteurs.

/ATS
 

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