La Poste suisse va fermer d'ici 2028 quelque 170 offices qu'elle exploite elle-même. Il ne restera plus à l'avenir que 600 bureaux de poste et 2000 sites desservis. Les syndicats dénoncent un démantèlement du service public.
"Nous devons reconnaître qu'au cours des quatre dernières années, le comportement de la clientèle a changé", a déclaré mercredi à l'agence de presse Keystone-ATS le directeur général de La Poste Roberto Cirillo. Les prestations au guichet sont de moins en moins sollicitées. C'est pourquoi la Poste doit adapter son réseau.
Le groupe n'a pas encore décidé quels sites seraient fermés, a précisé le directeur. La Poste continuera de disposer d'un réseau couvrant l'ensemble du territoire, avec 600 offices exploités en propre et 2000 sites desservis partout en Suisse, "dans les vallées comme dans les villes". Avec toutefois des changements en vue.
"Centres de services"
Le géant jaune veut transformer ses offices en "centres de services" dans le cadre de partenariats avec des banques, caisses-maladie ou assurances. "Ces quatre prochaines années, la Poste investira plus de 100 millions de francs dans le personnel, dans la modernisation de ses filiales en fonction de la demande et dans de nouveaux formats offrant une bonne accessibilité", écrit l'entreprise dans son communiqué.
Il n'y aura pas de licenciements, a précisé M. Cirillo. En raison des nombreux départs, la Poste va devoir plutôt embaucher ces prochaines années. "Nous verrons si la situation diffère ponctuellement sur certains sites", a-t-il ajouté. Un changement du lieu de travail sera possible.
La transformation du réseau postal devrait permettre d'économiser 30 millions de francs et de se passer de 680 emplois à plein temps, a précisé le responsable du Réseau postal de la Poste, Thomas Baur, à la plateforme en ligne blick.ch. Mais compte tenu des départs à la retraite et des fluctuations naturelles, l'entreprise devra pourvoir 1380 postes. Au final, ce sont donc 700 personnes qui seront recherchées.
Syndicats remontés
Syndicom dénonce lui un démantèlement du service public sans précédent. Le syndicat relève qu'il s'agit d'un changement radical de la stratégie qui prévoyait de stabiliser le réseau à environ 800 filiales. Au bilan, au moins un office sur cinq sera fermé.
Le syndicat exige que La Poste ne procède à aucun licenciement. Il appelle par ailleurs les milieux politiques, en particulier les autorités cantonales et communales concernées ainsi que leur population à s’engager pour le maintien de leurs offices de poste.
Transfair regrette également la décision. Le syndicat exige une transparence totale sur les plans de La Poste ainsi que des mesures d'accompagnement rapides. Les collaborateurs, déjà soumis à un stress croissant, sont inquiets. Pour Transfair, il est essentiel que ces personnes restent dans le groupe et soient soumises à la CCT de la Poste.
Le PS en appelle à Albert Rösti
Le Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) ne veut pas de nouvelle réduction du nombre des offices postaux. Dans les régions de montagne et les espaces ruraux, le réseau a déjà été trop réduit. Les filiales exploitées par des partenaires ou le service à domicile n'offrent pas la même gamme de prestations, rappelle le SAB.
Le PS suisse demande lui instamment au chef du Département fédéral des télécoms, Albert Rösti, de renoncer à ce plan et de garantir le service postal universel. La Poste a réalisé des bénéfices qui se chiffrent en dizaines de millions pendant des années grâce aux colis et PostFinance. "Il n’y a aucune raison de réduire la présence de la Poste dans les régions", selon le conseiller aux Etats Baptiste Hurni (PS/NE).
Couverture réalisée
La Poste dispose d'une certaine flexibilité pour garantir le service universel, rappelle quant à elle la présidente de l'autorité de surveillance PostCom, Anne Seydoux-Christe. La législation sur la Poste ne dit pas combien d'offices sont nécessaires pour garantir ce but.
On assiste depuis plusieurs années à une diminution du nombre d'offices de poste et à une augmentation des agences partenaires. La couverture au niveau du territoire est réalisée, selon la Jurassienne.
En cas de désaccord lors de fermeture, la PostConm fait des recommandations. Depuis 2012, l'autorité de surveillance en a émis 150, qui ont pratiquement toutes été suivies par la Poste.
Contacté, le président du géant jaune, Christian Levrat, n'a pas pris position. Il a renvoyé à la communication du directeur général. /ATS










