L'ex-PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn est à Beyrouth

L'ex-PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn a rejoint dimanche le Liban, selon une source sécuritaire ...
L'ex-PDG de Renault-Nissan Carlos Ghosn est à Beyrouth

Carlos Ghosn confirme sa fuite au Liban, son avocat abasourdi

Photo: KEYSTONE/AP Kyodo News/223628+0900

Coup de tonnerre dans l'affaire Carlos Ghosn: l'ex-PDG de Renault-Nissan, qui préparait son procès en liberté conditionnelle au Japon, est parti pour le Liban d'où il promet de parler librement à la presse. Il laisse son équipe de défense nippone abasourdie.

'Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité', a confirmé mardi M. Ghosn, détenteur des nationalités libanaise, française et brésilienne, dans un communiqué transmis par ses porte-parole.

'Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice et de la persécution politique. Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferai dès la semaine prochaine', ajoute l'homme d'affaires qui possède notamment une maison à Beyrouth.

'Surprise totale'

'C'est une surprise totale, je suis abasourdi', a déclaré aux médias son principal avocat japonais, Junichiro Hironaka. Il affirme ne pas avoir été contacté par M. Ghosn et avoir appris 'par la télévision' qu'il avait fui le Japon où il est sous le coup de quatre inculpations pour malversations financières.

Carlos Ghosn est arrivé lundi à l'aéroport de Beyrouth, selon une source sécuritaire libanaise. 'La manière dont il a quitté le Japon n'est pas claire', a précisé à l'AFP une autre source au Liban, pays secoué par un mouvement de contestation inédit qui a entraîné une grave crise politique.

Le Liban et le Japon n'ont pas signé d'accord d'extradition qui permettrait à Tokyo de se voir remettre Carlos Ghosn, a indiqué mardi à l'AFP une source judiciaire.

Selon le journal libanais al-Joumhouriya, qui a dévoilé l'information, l'homme d'affaires est arrivé à Beyrouth dans un avion en provenance de Turquie.

Conditions de détention critiquées

Rien dans son attitude ces derniers jours ne laissait supposer qu'il allait quitter le Japon, ont précisé des personnes qui l'ont récemment côtoyé. 'Il continuait à préparer son procès lors de nos réunions régulières', a également assuré son avocat.

Après son arrestation, le 19 novembre 2018 à Tokyo, ses avocats et sa famille ont vivement dénoncé ses conditions de détention et la façon dont la justice japonaise mène la procédure dans ce dossier.

Il avait été libéré sous caution fin avril, mais sous de strictes conditions: il lui était notamment interdit de voir ou de contacter sa femme Carole. Mi-novembre, il avait pu lui parler à distance, par vidéoconférence, pour la première fois depuis près de huit mois.

Selon ses défenseurs et son équipe de communication, Carlos Ghosn demandait 'la levée totale' des différentes interdictions qui pesaient sur lui, les jugeant 'excessives, cruelles et inhumaines, et afin que soient respectés ses droits fondamentaux ainsi que ceux de son épouse'.

Quatre inculpations

Celui qui avait été salué comme 'le sauveur de Nissan' après son arrivée dans le groupe japonais en 1999 a passé au total 130 jours en prison entre novembre 2018 et avril 2019, en cumulant garde à vue et détention provisoire.

M. Ghosn, qui fut le chef d'entreprise le mieux payé au Japon, fait l'objet de quatre inculpations dans ce pays: deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé.

Le dirigeant a été éjecté de ses sièges de président de Nissan et de Mitsubishi Motors (3e membre de l'alliance) dans les jours suivant son interpellation. Il a ensuite démissionné de la présidence de Renault, avant même que d'autres investigations ne soient menées en France à son encontre.

Inculpations 'biaisées'

Depuis le début de l'affaire, Carlos Ghosn dénonce un 'complot' de la part de Nissan pour empêcher un projet d'intégration plus poussée avec Renault.

Lors d'une audience préliminaire en octobre, sa défense a demandé l'annulation des poursuites intentées contre lui au Japon, accusant les procureurs de collusion avec son ancien employeur japonais pour le faire tomber. Les inculpations sont 'politiquement motivées depuis le début, fondamentalement biaisées', dénonçaient-ils.

Son assignation à résidence à Tokyo lui laissait la liberté de voyager à l'intérieur du Japon, mais la durée d'absence de son domicile était réglementée.

/ATS
 

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