La Hongrie prive d'antenne la première radio indépendante

La première station de radio indépendante de Hongrie va cesser d'émettre après avoir été déboutée ...
La Hongrie prive d'antenne la première radio indépendante

La Hongrie prive d'antenne la première radio indépendante

Photo: KEYSTONE/AP/Laszlo Balogh

La première station de radio indépendante de Hongrie va cesser d'émettre après avoir été déboutée mardi de son appel pour garder sa licence. Il s'agit d'une nouvelle atteinte à la liberté de la presse dans ce pays de l'UE.

Le responsable de Klubradio, au contenu souvent critique vis-à-vis du gouvernement souverainiste de Viktor Orban, a dénoncé 'une décision politique, honteuse et lâche' du tribunal municipal de Budapest. 'Nous déposerons un ultime recours auprès de la Cour suprême', a déclaré Andras Arato à l'AFP. Il a promis de continuer le travail sur internet dès lundi, invitant les auditeurs à 'soutenir' l'équipe.

'Dans une dictature, il n'y a pas de place pour les voix libres', a réagi, amer, un des présentateurs, Janos Desi. En septembre dernier, le Conseil des médias (NMHH), une tutelle qui chapeaute toutes les entreprises d'information en Hongrie, avait refusé de prolonger l'autorisation d'exploitation de la radio, qui arrive à son terme le 14 février.

Des médias affaiblis

Le puissant NMHH, créé en 2011 sous l'égide de M. Orban, affirme que la station a soumis, à deux reprises en un an, des documents administratifs avec retard. Il l'a toutefois autorisée à se porter candidate sur la même fréquence desservant principalement la capitale, Budapest.

Klubradio, criant à la discrimination, avait alors saisi la justice afin de demander une licence temporaire en attendant le résultat de l'appel d'offres, qui n'est pas attendu avant plusieurs mois. Deux autres radios ont également postulé.

Mais le tribunal a jugé que cette requête 'dépassait le champ de ses compétences' et sur la question de la violation des règles, il a donné raison à NMHH, assurant que les renouvellements de licences n'étaient pas automatiques. Il s'agit là d'un nouveau revers pour les médias indépendants hongrois, sous pression depuis le retour au pouvoir en 2010 de Viktor Orban.

Klubradio, qui avait commencé à émettre dans les années 1990, a été confrontée ces dernières années à une série d'obstacles et de batailles juridiques pour pouvoir rester à l'antenne. Au-delà de ce cas, de nombreux médias indépendants ont dû mettre la clé sous la porte ou ont été repris par des proches du pouvoir, à l'image du principal site d'information Index, dont les journalistes avaient démissionné avec fracas à l'été 2020.

'Signal très inquiétant'

Pendant ce temps, la presse publique est accusée d'avoir été transformée en outil de propagande. 'Une autre voix réduite au silence en Hongrie. Un autre triste jour pour la liberté des médias', a réagi sur Twitter la commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe, Dunja Mijatovic.

De son côté, la diplomatie française, voyant là 'un signal très inquiétant en termes de pluralisme et d'indépendance des médias', a appelé la Hongrie à 'respecter ses engagements européens en la matière'. Cette décision 's'inscrit dans une longue lignée de manoeuvres d'organismes pro-gouvernementaux qui utilisent des outils légaux pour faire taire les voix critiques', a commenté Gabor Polyak, analyste du groupe de réflexion Mertek Media Monitor, interrogé par l'AFP. 'Même si Klubradio parvient d'une manière ou d'une autre à regagner sa fréquence perdue dans les mois à venir, elle aura entretemps perdu des annonceurs et auditeurs', a-t-il averti.

La Hongrie occupe actuellement la 89e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse, publié par l'ONG Reporters sans frontières (RSF). Elle était 23e lorsque Viktor Orban est devenu Premier ministre il y a 10 ans. Fin 2018, Bruxelles a déclenché une procédure exceptionnelle pour risque de 'violation grave' des valeurs de l'UE, pointant notamment l'appauvrissement du pluralisme médiatique en Hongrie.

/ATS
 

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