UNIL: les fourmis prennent goût au voyage

Plus les fourmis sont introduites par l’homme dans des régions dont elles ne sont pas originaires ...
UNIL: les fourmis prennent goût au voyage

UNIL: les fourmis prennent goût au voyage

Photo: KEYSTONE/EPA YNA/YONHAP

Plus les fourmis sont introduites par l’homme dans des régions dont elles ne sont pas originaires, plus elles ont tendance à poursuivre leur périple vers de nouvelles destinations. C’est ce que suggère une étude de chercheurs lausannois publiée dans la revue PNAS.

Les fourmis figurent parmi les pires espèces invasives. La variété de leurs modes de vie, de leurs habitats et la complexité de leur structure sociale leur ont permis de coloniser tous les continents, à l’exception de l’Antarctique.

Parmi les 13’000 espèces connues, 241 ont été transportées accidentellement par l’être humain au-delà de leurs aires de répartition originelles. Dix-neuf d’entre elles sont considérées comme invasives en raison des dommages qu’elles occasionnent à la biodiversité, à l’agriculture et à l’économie locale, entre autres.

Cleo Bertelsmeier, postdoctorante, et Laurent Keller, directeur du Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne (UNIL), ont tenté de mieux comprendre les processus d’invasions biologiques et la manière dont ces insectes se dispersent à l’échelle du globe.

Introductions 'secondaires'

Les scientifiques ont analysé des données collectées dans les ports maritimes et aéroports des Etats-Unis et de Nouvelle-Zélande. Des fourmis y ont été interceptées à plus de 4500 reprises au cours des 100 dernières années.

Résultats: près de 75% des fourmis entrant aux Etats-Unis n’arrivaient pas directement depuis leur territoire d’origine, mais débarquaient de régions qu’elles avaient déjà précédemment colonisées. Pour la Nouvelle-Zélande, ces introductions dites 'secondaires' grimpaient même jusqu’à près de 90%.

'Dans les deux cas, les insectes entraient via des zones géographiquement proches entretenant d’intenses échanges commerciaux, en particulier de fruits et légumes: pays d’Amérique latine pour les Etats-Unis et îles du Pacifique (Tonga, Fidji, Samoa) pour la Nouvelle-Zélande', indique Cleo Bertelsmeier, première auteure de l’étude, cité lundi dans un communiqué de l'UNIL.

Effet boule de neige

Les biologistes ont également montré que les succès d’introduction, d’établissement et de dispersion des insectes étaient corrélés. 'Nous avons observé un effet boule de neige', explique Laurent Keller.

'Plus les animaux voyagent, plus ils ont de chances de s’établir dans un grand nombre de régions. Et plus ils s’établissent, plus ils ont tendance à poursuivre leur périple vers de nouvelles contrées', ajoute le spécialiste. Le processus d’expansion s’alimente donc lui-même, ce qui laisse présager une augmentation des invasions biologiques dans le futur.

Les espèces qui sont à leur deuxième étape de voyage figurent en outre parmi les plus problématiques. Les entomologistes illustrent leur propos à l’aide du cas de la fourmi de feu, particulièrement résistante et agressive.

Lié à la mondialisation

Originaire d’Amérique du Sud, elle a été transportée aux Etats-Unis dans les années 1930. Les dégâts qu’elle y provoque se chiffrent à plusieurs milliards de dollars par an. Depuis le nord de l’Amérique, elle a ensuite été introduite en Chine et, depuis peu, a été interceptée au Japon, en provenance de Hong Kong.

Ces travaux soulignent à nouveau les liens étroits entre la mondialisation, en l’occurrence les échanges internationaux de marchandises, et les mécanismes de dispersion des espèces animales.

Dans une étude publiée en juin 2017, les deux chercheurs avaient déjà montré que les fourmis s’étaient dispersées à travers le globe en suivant deux grandes vagues d’essor du commerce international.

/ATS