BNS: les cantons se réjouissent, mais se disent prudents

Le conseiller d'Etat vaudois Pascal Broulis accueille avec une satisfaction prudente le bénéfice annoncé vendredi par la Banque nationale suisse (BNS). Cet argent doit servir à rembourser les dettes, indique-t-il. Parmi les quelques cantons contactés par l'ats, celui du Jura relève la nécessité de maintenir le programme d'économies.

"C'est positif, c'est conforme aux attentes. Mais cela se situe dans un univers très volatil", déclare le chef du département vaudois des finances. Le franc est sous pression. L'euro serait récemment passé brièvement en dessous de la barre de 1,20 franc, rappelle Pascal Broulis pour illustrer sa réaction.

"Il faut être vigilant. L'argent doit servir à rembourser les dettes des cantons et de la Confédération", préconise-t-il. Le Vaudois souligne "les méfaits" de l'endettement pour des pays comme la Grèce et la France.

Concernant la planification du résultat annoncé par la BNS, le canton de Vaud l'avait classé "dans les risques, à zéro". "Nous avons encore 475 millions de francs de dettes", relève Pascal Broulis. "Chaque franc doit être utilisé pour rembourser la dette."

Le bénéfice de la BNS permettra au canton du Jura de toucher non seulement 5,9 millions de francs, mais aussi d'entrevoir une hausse de cette part. La convention actuelle prévoit cette possibilité qui pourrait compenser le manque à gagner enregistré en 2014.

Volatilité

S'il se réjouit de ces chiffres, le gouvernement jurassien relève la volatilité de la part aux recettes de la Confédération. La fluctuation des résultats affichés par la BNS entre les exercices 2013 et 2014 illustre le caractère aléatoire de ces recettes pour la planification financière cantonale.

"Cette volatilité, cumulée aux défis identifiés pour les années à venir, comme la réforme des entreprises III, la péréquation financière ou l'évolution démographique, confirme la nécessité de mener à terme le programme d'économies", a souligné le gouvernement.

L'annonce de la BNS est une bonne nouvelle pour le canton de Genève et ses finances. Selon l'accord passé entre la banque et les collectivités publiques, sur le milliard de francs distribué, Genève devrait recevoir 39 millions de francs, a fait savoir le porte-parole du département des finances Roland Godel.

Le canton attend encore la confirmation de ce montant. L'argent bénéficiera aux comptes 2015.

"Il faut espérer que cela dure"

Le Valais se réjouit aussi de la reprise des versements de la BNS. Il attend 26,5 millions de francs. Cette somme servira à réduire l'amortissement des découverts des comptes cantonaux 2013 et 2014, a indiqué Maurice Tornay, chef du département valaisan des finances et des institutions. Ceci conformément à la volonté exprimée par le Grand Conseil.

Georges Godel, chef des finances du canton de Fribourg, est "100% satisfait". "Il faut espérer que cela dure". Il s'attend en principe à recevoir 23,75 millions de francs. Ce montant sera peut-être porté au budget 2016 du canton de Fribourg, puisque rien n'était prévu au budget 2015 déjà adopté.

Pas une tâche de la BNS

Du côté des partis, le président du PLR Philipp Müller rappelle que, d'après la constitution et la loi, l'objectif principal de la Banque nationale est de garantir la stabilité des prix, en tenant compte de l'évolution conjoncturelle. "La compensation d'éventuels déficits des cantons n'en fait pas partie".

Le président du PDC Christophe Darbellay salue le résultat de la BNS, qui a fort à faire. A ses yeux, il est légitime que le bénéfice ait des retombées sur les cantons. De l'avis du conseiller aux Etats et membre de la commission des finances Jean-René Fournier (PDC/VS), certains cantons, malgré cette bonne nouvelle, devraient être prudents dans la planification future de leurs budgets.

Hansjörg Hassler, président du groupe parlementaire PBD, approuve aussi le principe d'un versement supplémentaire aux cantons: "Il est juste que les cantons et la Confédération profitent d'un bénéfice extraordinaire".

Il faut toutefois que cela se fasse dans un cadre raisonnable et admissible aussi bien pour la BNS que pour les collectivités publiques: "Tout le bénéfice ne doit pas être distribué, car la banque doit également constituer des réserves".

Dépendance dangereuse

Margret Kiener Nellen (PS/BE), ancienne présidente de la commission des finances du National, salue le versement annoncé par la BNS, qui correspond à la convention passée entre la Confédération et la banque. En revanche, la conseillère nationale socialiste s'oppose à un versement rétroactif: "La BNS n'est pas une vache à lait".

A l'UDC, le conseiller national Thomas Aeschi (ZG) s'oppose à un versement supplémentaire. La BNS devrait plutôt constituer des réserves avec l'ensemble du bénéfice.

La dépendance des cantons face à la BNS est dangereuse: "Que la BNS couvre leur déficit est une fausse sécurité". Thomas Aeschi critique également le fait que le montant du versement soit réglé entre la BNS et le Département fédéral des finances: selon lui, le Parlement doit pouvoir donner son avis.

/ATS


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