La BNS change de cap et abolit le taux plancher face à l'euro

La Banque nationale suisse (BNS) change le cap de sa politique monétaire en raison de l'évolution ...
La BNS change de cap et abolit le taux plancher face à l'euro

La BNS change de cap et abolit le taux plancher face à l'euro

Photo: Keystone

La Banque nationale suisse (BNS) change le cap de sa politique monétaire en raison de l'évolution des principales zones monétaires. A la surprise générale, l'institut d'émission abolit avec effet immédiat le taux plancher de 1,20 franc pour un euro. La mesure a entraîné la pagaille sur les marchés financiers et le courroux des milieux économiques.

Sur le marché des changes, la réaction n'a pas tardé. Le franc suisse s'est apprécié en flèche par rapport à l'euro, s'approchant même de la parité. A la clôture de la bourse, la monnaie unique se stabilisait à 1,04 franc. Le dollar s'est aussi méchamment déprécié se négociant, au même moment, à 90 centimes.

La Bourse suisse n'a aussi guère goûté le choix de la banque centrale. A la clôture de la bourse, l'indice des valeurs vedettes Swiss Market Index (SMI), plongeait de 8,67% à 8400,61 points.

Explications

Les disparités entre les politiques monétaires menées dans les principales économies ont fortement augmenté ces derniers temps, a expliqué devant la presse convoquée à la hâte au siège de la BNS son président Thomas Jordan. Et elles pourraient encore s'accentuer.

L'euro s'est ainsi nettement déprécié face au dollar américain, conduisant aussi à une dépréciation du franc face au billet vert, a expliqué Thomas Jordan. 'Dans ce contexte, la Banque nationale est parvenue à la conclusion qu'il n'est plus justifié de maintenir le cours plancher' en vigueur depuis le 6 septembre 2011.

Afin que sa suppression n’entraîne pas de durcissement inopportun des conditions monétaires,, l'institut d'émission abaisse à compter de jeudi prochain d'un demi-point le taux d'intérêt appliqué aux avoirs en comptes de virement dépassant un certain montant exonéré, à -0,75% . Pour mémoire, il avait initialement prévu le mois passé de fixer ce dernier à -0,25%.

Inéluctable

A l'annonce de cette mesure, la BNS s'était encore déclarée déterminée à défendre le taux plancher de 1,20 franc pour un euro. Mais les évolutions récentes ont visiblement eu raison de cette détermination, même si la banque centrale est encore intervenue sur les marchés des changes en décembre, ses réserves en devises ayant bondi de 7% en un mois à 495,1 milliards de francs. En 2010, ce montant atteignait environ 50 milliards.

'Il ne fait pas sens de poursuivre une mesure qui ne peut s'inscrire dans la durée', a commenté Thomas Jordan. Avant d'ajouter que la décision - 'peu agréable' pour certains acteurs - était inéluctable, celle-ci ne pouvant être indéfiniment reportée.

Avec l'abaissement du taux d'intérêt, la BNS adapte également une nouvelle fois vers le bas, dans la zone négative, la marge de fluctuation du Libor à trois mois. Celle-ci est désormais comprise entre –1,25% et −0,25%, au lieu de −0,75% et 0,25% précédemment.

Ce changement de cap a créé la surprise, même si entre experts le débat sur la justification de l'instrument s'est renforcé ces dernières semaines. Sa durée ne pouvait excéder une certaine période, de l'avis de certains spécialistes.

Phase délicate pour l'économie suisse

L’introduction du cours plancher est survenue dans une période d’extrême surévaluation du franc et de très fortes incertitudes sur les marchés financiers, a rappelé M. Jordan. Cette mesure 'exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie suisse de graves dommages'.

Le franc reste à un niveau élevé, mais depuis l’introduction du taux plancher il y a près de trois ans et demi, sa surévaluation s’est globalement atténuée. L’économie suisse a pu profiter de cette période pour s’adapter à la nouvelle donne, a poursuivi M. Jordan.

Les économistes estiment désormais que l'économie suisse va affronter une phase délicate, les entreprises exportatrices devant une nouvelle fois s'adapter. Evoquant 'une rupture dommageable', Fernando Martins Da Silva, responsable de la politique de placement de la Banque cantonale vaudoise (BCV), juge cependant prématuré de parler d'un risque de récession.

Thomas Jordan a lui souligné que les perspectives d'inflation restent faibles en Suisse. Et depuis décembre, le prix du pétrole a nettement baissé avec pour effet attendu de stimuler la croissance mondiale, en particulier américaine, et partant de soutenir l'évolution conjoncturelle en Suisse.

/ATS


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