La culture d'entreprise des banques encouragerait la malhonnêteté

En privé, les banquiers ne sont pas moins dignes de confiance que d'autres salariés. Mais, une fois au travail, ils sont plus enclins à la malhonnêteté, sous l'effet de leur culture d'entreprise. Telle est la conclusion d'une étude de l'Université de Zurich, que les employés visés "consternés" réfutent.

Manipulations des taux de référence, devises et cours d'actions, mensonges sur les produits de placement, soutien répété à la fraude fiscale: les affaires se suivent et se ressemblent dans le secteur financier. De nombreux observateurs ont attribué ces scandales à la culture d'entreprise matérialiste propre au domaine financier.

Ernst Fehr, Alain Cohn et Michel Maréchal, chercheurs à l'institut d'économie politique de l'Université de Zurich ont en voulu avoir le coeur net. Ils se sont demandés si ce secteur demeurait propice au mensonge. Le résultat de leur étude, publiée mercredi dans la revue scientifique "Nature" répond par l'affirmative.

Tentés de mentir

Pour mener à bien leur analyse, les chercheurs ont fait appel à 208 employés de banque. Répartis au hasard dans deux groupes, ils devaient alors tirer à pile ou face. Chaque fois que la pièce tombait sur face, les sujets de l'expérience recevaient 20 dollars (19,20 francs). La tentation de mentir demeurait grande puisque les individus effectuaient leurs lancers dans une pièce séparée, à l'abri des regards.

Les membres du premier groupe, auprès desquels l'identité sociale et familiale a été activée, n'ont pratiquement pas menti quant au nombre de "faces" obtenus. Alors que les sujets du second groupe qui se sont identifiés à leur rôle professionnel ont été plus enclins à la menterie, ceci dans le but d'augmenter leurs gains.

Banquiers "consternés"

Face à ces conclusions, les scientifiques recommandent aux banques d'investir dans une culture d'entreprise plus intègre. Pour Alain Cohn, il convient de réviser la culture d'entreprise basée sur le gain facile et de la réaxer sur des valeurs morales comme l'intégrité et la probité.

Il propose aussi d'instaurer des règles éthiques contraignantes sur le modèle du serment d'Hippocrate des médecins. De nombreux experts de la finance ont déjà plaidé pour l'instauration d'un tel code.

Du côté du domaine bancaire, on se dit "consterné" par ces résultats. Dans un communiqué publié jeudi, l’Association suisse des employés de banque (ASEB) rejette ces conclusions. "Les responsables de l’enquête n’ont pas pu indiquer à l’ASEB si et dans quelle mesure des banques suisses avaient participé à l’enquête".

Pour l'organisation, l'étude se base sur des banques internationales, ce qui ne reflète pas la réalité du secteur bancaire helvétique mais plutôt celle prévalant à l'étranger où domine une culture d'entreprise anglo-saxonne.

/ATS


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