Turquie: les dirigeants pro-kurdes ont été placés en détention préventive

Les autorités turques ont placé vendredi les deux dirigeants du Parti pro-kurde HDP en détention ...
Turquie: les dirigeants pro-kurdes ont été placés en détention préventive

Turquie: les dirigeants pro-kurdes ont été placés en détention préventive

Photo: Keystone

Les autorités turques ont placé vendredi les deux dirigeants du Parti pro-kurde HDP en détention préventive. Quelques heures plus tard, un attentat a visé un bâtiment de la police dans le sud-est du pays à majorité kurde, faisant neuf morts et plus de cent de blessés.

Les coprésidents du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, ont été arrêtés dans la nuit de jeudi à vendredi avec onze autres députés de cette formation.

Les deux chefs de parti et trois des élus arrêtés ont ensuite été mis en détention préventive par un tribunal de Diyarbakir, dans le cadre d'une enquête 'antiterroriste' liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), selon l'agence progouvernementale Anadolu.

'Fin de la démocratie'

Le président du groupe parlementaire HDP Idris Baluken figure aussi parmi les élus arrêtés et placés en détention provisoire. Deuxième parti d'opposition en Turquie, le HDP a estimé dans un communiqué que les arrestations marquaient 'la fin de la démocratie' dans le pays.

'C'est un coup d'Etat contre le HDP. C'est un coup d'Etat contre le pluralisme, contre la diversité, contre l'égalité', a déclaré Garo Paylan, un député du HDP, lors d'une conférence de presse au quartier général stambouliote du parti.

'On nous claque la porte du Parlement au nez. Cela veut dire ignorer le vote de six millions de personnes, ignorer la demande démocratique de ce peuple, leur espoir quant à une paix future', a renchéri sa collègue Huda Kaya.

Réactions indignées en Occident

Ces arrestations ont aussi suscité des réactions indignées en Occident, dont les relations avec la Turquie sont déjà tendues. Les Etats-Unis sont 'profondément troublés' par la détention des élus pro-kurdes, a écrit sur twitter Tom Malinowski, chargé des droits humains au département d'Etat.

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini s'est pour sa part dite 'extrêmement inquiète'. Elle a indiqué qu'elle allait convoquer une réunion des ambassadeurs de l'UE à Ankara. Berlin a annoncé avoir convoqué le chargé d'affaires turc et le porte-parole de la chancelière Angela Merkel a jugé ces arrestations 'hautement alarmantes'.

A Genève, la porte-parole du Conseil des droits de l'homme de l'ONU Ravina Shamdasani a critiqué les mesures prises par Ankara ces trois derniers mois. 'Il faut faire jouer la présomption d'innocence avant de suspendre quelqu'un de son poste, avant une arrestation. Il faut faire cela dans les règles.' Selon elle, les autorités turques utilisent l'état d'urgence pour prendre des mesures 'qui vont au-delà de ce qui est admissible'.

Attentat à la voiture piégée

Peu après ces arrestations, un attentat à la voiture piégée est survenu à Diyarbakir, 'capitale' du sud-est turc à majorité kurde. L'explosion s'est produite près d'un commissariat de police où sont gardés à vue plusieurs des élus arrêtés. Elle a fait neuf morts, dont deux policiers, et plus de cent blessés, selon un dernier bilan de source officielle.

L'attentat a été attribué au PKK par le premier ministre Binali Yildirim. L'organisation est classée 'terroriste' par Ankara, Washington et Bruxelles. Murat Karayilan, l'un des chefs militaires du PKK, a par ailleurs promis une intensification de la lutte armée contre les autorités turques suite à ces arrestations.

A Ankara, des dizaines de manifestants solidaires du HDP ont été dispersés par les forces de l'ordre à l'aide des gaz lacrymogènes, a constaté un photographe de l'AFP. L'accès aux réseaux sociaux et à des applications de messagerie était en outre fortement perturbé.

/ATS


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