Chypre: « pas encore de terrain d'entente » pour des négociations

'Nous n'avons pas encore un terrain d'entente' pour relancer des négociations sur Chypre, selon ...
Chypre: « pas encore de terrain d'entente » pour des négociations

Chypre: l'ONU échoue à relancer des pourparlers mais ne renonce pas

Photo: KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

L'ONU n'aura pas réussi à Genève à rapprocher Chypriotes grecs et turcs pour relancer des négociations sur l'île divisée depuis 1974. Alors que la question d'un ou deux Etats est au centre des divergences, elle prévoit une nouvelle rencontre dans les prochains mois.

'Nous n'avons pas encore trouvé suffisamment d'entente', a admis jeudi matin à la presse le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres. Mais 'je n'abandonne pas', a-t-il dit au terme de trois jours de discussion informelle entre Chypriotes et les garants grec, turc et britannique de la sécurité de l'île depuis 1960.

Dans les prochains mois, des consultations seront menées. Selon M. Guterres, qui veut continuer à oeuvrer 'pour la sécurité et le bien-être des Chypriotes grecs et des Chypriotes turcs', une nouvelle réunion informelle sous le même format pourrait avoir lieu d'ici 'deux à trois mois'.

Avant même le début des discussions à Genève mardi, le secrétaire général n'avait pas caché être 'réaliste' sur la possibilité peu élevée d'une relance des négociations. Quatre ans après les derniers pourparlers formels en Suisse, les composantes ont changé.

Mercredi après-midi, le nouveau président de la République turque de Chypre-Nord (RTCN), qui contrôle le nord de l'île et reconnue seulement par la Turquie, avait douché tout déblocage. Soutenu par Ankara, le nationaliste Ersin Tatar, élu en octobre dernier en militant pour deux Etats séparés, a formellement présenté à M. Guterres un plan en six points.

Appel à Londres

Celui-ci conditionne la reprise de négociations formelles à l'établissement par le Conseil de sécurité de l'ONU d'un statut 'égal' de la RTCN à celui de la République de Chypre, reconnue par la communauté internationale et qui contrôle le sud de l'île. Une situation qui remet en cause des décennies de discussion sur un Etat fédéral et est inacceptable pour les Chypriotes grecs.

Leur président Nicos Anastasiades, soutenu par son allié grec, a relayé sa 'grande déception'. De son côté, M. Guterres n'a pas reçu de mandat pour discuter de deux Etats. Le secrétaire général ne veut pas préjuger si l'organe exécutif de l'ONU doit se réunir pour réévaluer ses résolutions. 'Vous devez poser la question au Conseil de sécurité', s'est-il contenté de dire.

Et de relever, mais sans le nommer, que le gouvernement britannique pilote les négociations sur Chypre au sein du Conseil de sécurité. Le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab, qui était à Genève avec ses homologues turc Mevlüt Cavusoglu et grec Nikos Dendias, a seulement répété que son pays allait continuer à travailler avec toutes les parties à 'un accord équitable et durable'.

Les Chypriotes turcs estiment que le Brexit, qui ne contraint plus Londres à s'aligner sur les positions de l'UE et à soutenir Nicosie, pourrait faire changer l'approche. Certains en Grande-Bretagne appellent eux-mêmes à réévaluer la question des deux Etats. 'Le mandat de l'ONU doit changer', a affirmé jeudi M. Tatar après la réunion, tout en se disant aussi 'optimiste'.

Autre raison du plan chypriote turc, les tensions ont été importantes ces dernières années entre plusieurs pays européens et le président turc Recep Tayyip Erdogan autour des hydrocarbures au large de Chypre. La RTCN souhaite une collaboration avec Nicosie sur ces questions économiques, de même que sur celles de la propriété, la sécurité et les relations avec l'UE dont seule la République de Chypre fait partie.

Divisés sur les garants

Selon elle, tout accord devrait s'accompagner d'une reconnaissance mutuelle des deux Etats. Il devrait être approuvé par référendum de chaque côté de l'île.

Au total, selon un récent sondage, plus de quatre Chypriotes turcs sur cinq souhaitent cette séparation, qui serait aussi tolérée par un peu plus d'un quart des habitants de la partie grecque au sud de l'île. Des centaines de personnes des deux côtés avaient manifesté samedi pour une réunification de l'île divisée depuis 1974 après une invasion turque dans le nord en réaction à un coup d'Etat.

Et l'une des principales difficultés entre les deux parties reste également la question des dizaines de milliers de soldats turcs dans le nord. Les Chypriotes turcs et leur allié souhaitent le maintien d'au moins une partie de ce dispositif.

Les Chypriotes grecs demandent eux l'arrêt du droit des 'garants' d'intervenir militairement en cas de problème de sécurité important. Cet appel a été relayé par Londres, qui n'a pas caché son souhait de renoncer à son statut, et aussi par la Grèce.

/ATS
 

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