Le Prix Sakharov 2016 à deux femmes yézidies rescapées de l'EI

Le Parlement européen a décerné jeudi son prix Sakharov 2016 'pour la liberté de l'esprit' ...
Le Prix Sakharov 2016 à deux femmes yézidies rescapées de l'EI

Le Prix Sakharov 2016 à deux femmes yézidies rescapées de l'EI

Photo: Keystone

Le Parlement européen a décerné jeudi son prix Sakharov 2016 'pour la liberté de l'esprit' à deux femmes yézidies d'Irak rescapées du groupe Etat islamique (EI). Il a salué leur 'courage' et leur 'dignité'.

Les deux lauréates sont Nadia Murad et Lamia Haji Bachar. Elles sont devenues des figures de la défense de la communauté yézidie, minorité kurdophone persécutée par les djihadistes, après avoir vécu un cauchemar comme de nombreuses jeunes filles enlevées et forcées à l'esclavage sexuel par l'EI.

'Elles ont une histoire douloureuse, tragique', a souligné le président du Parlement européen, Martin Schulz, en séance plénière à Strasbourg. Mais 'elles avaient le sentiment de devoir survivre pour porter témoignage.'

Enlevée à 16 ans

Nadia Murad, 23 ans, a été enlevée en août 2014. Torturée, elle dit avoir subi de multiples viols collectifs, avant d'être vendue plusieurs fois comme esclave sexuelle.

Le calvaire de Lamia Haji Bachar, 18 ans, ressemble tragiquement à celui de Nadia. Elle a été enlevée à 16 ans. Pendant ses 20 mois de captivité, elle a tenté de s'échapper à maintes reprises. Lorsqu'elle y parvient finalement, la jeune fille tombe dans les mains d'un directeur d'hôpital irakien qui abuse également d'elle.

A nouveau, elle arrive à s'enfuir, mais elle est grièvement blessée. Le visage de Lamia, dont la peau est brûlée, porte les stigmates de l'explosion qui a aussi emporté son oeil droit. Elle habite désormais en Allemagne.

Ambassadrice de l'ONU

'Le courage de ces deux femmes, la dignité qu'elles représentent dépassent toutes les descriptions', a affirmé M. Schulz. Il estime que l'attribution du prix montre que 'leur combat n'a pas été vain' et exhorte les Européens à se 'battre contre la stratégie génocidaire de l'EI'.

Nommée mi-septembre ambassadrice de l'ONU pour la dignité des victimes du trafic d'êtres humains, Nadia Murad milite justement pour que les persécutions commises en 2014 contre les Yézidis soient considérées comme un génocide. Selon des experts de l'ONU, environ 3200 Yézidis sont actuellement entre les mains de l'EI.

'Le prix attribué jeudi doit aussi servir à mettre un coup de projecteur sur la situation des minorités religieuses dans la région', a jugé le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella. Son groupe avait proposé la nomination des deux jeunes femmes, conjointement avec le groupe des libéraux ALDE.

Choix difficile

Martin Schulz et les présidents des différents groupes politiques du Parlement ont dû faire un choix difficile entre les deux jeunes femmes et deux autres personnalités en lice, le journaliste d'opposition turc Can Dündar et le leader historique des Tatars de Crimée Moustafa Djemilev.

Ex-rédacteur en chef d'un journal d'opposition turc exilé en Allemagne, Can Dündar n'a pas tardé jeudi à adresser ses félicitations aux deux lauréates. 'Nous soutenons votre combat courageux contre les forces obscures qui visent à dégrader les femmes', a-t-il dit sur son compte Twitter.

Plus de 50'000 francs

Le prix Sakharov est décerné chaque année depuis 1988 par le Parlement européen. Il distingue des personnes qui se sont illustrées dans la défense des droits humains.

Le prix avait été attribué l'an dernier au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour 'insulte à l'islam'. En 2014, c'est le médecin congolais Denis Mukwege qui avait été honoré pour son action en faveur des femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

Le prix Sakharov est doté de 50'000 euros (environ 54'200 francs). Il doit être remis aux lauréates lors d'une cérémonie programmée le 14 décembre à Strasbourg.

/ATS


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