Les grandes puissances verrouillent le débat sur les robots tueurs

Le droit international humanitaire (DIH) suffit à encadrer la question des robots tueurs, selon ...
Les grandes puissances verrouillent le débat sur les robots tueurs

Les grandes puissances verrouillent le débat sur les robots tueurs

Photo: KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI

Le droit international humanitaire (DIH) suffit à encadrer la question des robots tueurs, selon les grandes puissances. Cette semaine à Genève, elles ont verrouillé leur opposition à une réglementation plus dure de ces armes. Des ONG sont déçues.

De lundi à vendredi, le Groupe gouvernemental d'experts (GGE) sur ces questions s'est réuni pour la troisième année consécutive. Aussi bien les Etats-Unis, que la France, la Chine, la Russie, l'Australie et d'autres pays se sont montrés clairement opposés à un instrument juridiquement contraignant. Contrairement à d'autres acteurs comme le Costa Rica, la Belgique ou l'Autriche.

'Il y a une guerre de clans', a dit à Keystone-ATS le directeur des risques globaux au Centre de politique de sécurité de Genève (GCSP) Jean-Marc Rickli. 'Cette semaine a marqué un changement assez clair. Plusieurs pays reprennent désormais à leur compte l'argument selon lequel ces armes seront plus précises et que les tirs amis pourront être évités et donc que les armes autonomes protégeront mieux les civils'.

Parmi les grandes puissances, la France a notamment appelé à ne pas entraver les activités légitimes et civiles des Etats sur l'intelligence artificielle (IA). Mais une ONG a relevé que plus de 4500 spécialistes de la branche, dont des patrons, ont appelé à interdire les robots tueurs.

Discussion 'trop tardive'

Pour M. Rickli, 'cette discussion aurait dû avoir lieu il y a dix ans'. 'Les grandes puissances militaires et certains de leurs alliés ont déjà commencé à investir dans l'autonomisation de leur armement', dit-il. Elles se défient comme dans les années 50 lors de la course aux satellites.

'Les premières manifestations risquent d'être dans le domaine cybernétique', affirme le chercheur. Sur le champ de bataille physique, des drones sont déjà utilisés mais la prise de décision reste humaine. Avec les avancées technologiques actuelles 'ce n'est qu'une question de temps avant que les premières armes autonomes soient développées', ajoute encore M. Rickli.

Ces guerres de 'substitution' rendront la prise de décision plus rapide et par conséquent plus difficile. Parmi 10 principes directeurs confortés vendredi figurent notamment la responsabilité de l'être humain sur ces armes, souhaité par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ou l'engagement à ne pas empêcher des avancées sur l'IA en dehors des recours à la force.

De son côté, la Suisse avait elle salué il y a quelques mois les 'avancées' récentes sur le besoin d'un contrôle humain 'significatif' sur les questions de tir et de ciblage. Elle a choisi une 'approche pragmatique' pour faire avancer la discussion, explique M. Rickli.

Appel à un nouveau format par les ONG

Malgré les résistances à des négociations sur un instrument juridique, 'la qualité de la discussion s'est assurément améliorée', a estimé vendredi de son côté une chercheuse qui avait établi un rapport en 2017. 'Beaucoup d'émotions' mais davantage d'ouverture, a aussi estimé de son côté devant la presse le président du GGE, le Macédonien du Nord Ljupco Jivan Gjorgjinski.

Des ONG sont elles déçues. La responsable de la campagne pour une interdiction préventive de ces systèmes d'armes létales autonomes, Mary Wareham de Human Rights Watch (HRW), demande un mandat de négociation pour un traité d'interdiction dès cette année. Elle déplore que ce format soit 'incapable' d'aboutir à un résultat.

Les spécialistes qui se sont réunis cette semaine doivent se retrouver en août prochain à Genève. Avant une réunion en novembre des parties à la Convention sur certaines armes classiques (CCW) qui avaient décidé de mandater ce groupe.

Selon la campagne pour l'interdiction, les grandes puissances l'utilisent pour 'détourner l'attention publique'. Mais M. Gjorgjinski ne les voit pas s'associer à un traité d'interdiction. Le format du GGE 'a beaucoup plus de valeur', selon lui. Pour autant, aucune garantie d'une déclaration politique au terme de ce dispositif n'a été donnée.

/ATS
 

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