Arrestation d'un évêque dans une enquête sur la banque du Vatican

Un évêque, un membre des services secrets italiens et un intermédiaire financier ont été arrêtés vendredi dans le cadre d'une enquête sur l'Institut des oeuvres de religion (IOR), la banque du Vatican. Les trois hommes sont soupçonnés de fraude et corruption, selon les médias italiens.

Le prélat interpellé est Nunzio Scarano, comptable au sein de l'administration financière du Vatican (Apsa), l'organisme qui gère les biens du Saint-Siège, a précisé son avocat Silverio Sica. Il a été arrêté dans une paroisse des faubourgs de Rome.

Mgr Scarano avait été suspendu de ses fonctions il y a plusieurs semaines après sa mise en examen dans une autre affaire par le parquet de Salerne, dans le sud de l'Italie.

Rapatriement d'argent depuis la Suisse

L'agence Ansa indique que l'enquête qui a valu l'emprisonnement de ces trois personnes porte sur le rapatriement en Italie de vingt millions d'euros en espèces depuis la Suisse.

Cet argent appartiendrait à des amis de Mgr Scarano et le fonctionnaire du contre-espionnage italien arrêté se serait engagé à faire rentrer l'argent en Italie à bord d'un avion privé, moyennant une récompense de 400'000 euros, selon la même source.

L'arrestation des trois hommes a été faite dans le cadre d'un filon indépendant d'une vaste enquête lancée par la justice italienne en septembre 2010 qui visait le président de l'IOR Ettore Gotti Tedeschi et le directeur général Paolo Cipriani de l'époque pour violation de la législation contre le blanchiment d'argent.

Des dizaines de millions d'euros avaient été bloqués dans le cadre de cette enquête qui avait conduit, entre autre, au limogeage de la direction du IOR.

Commission d'enquête

Le pape François vient d'annoncer, mercredi, la création d'une commission spéciale d'enquête sur la banque du Vatican, afin de s'assurer que ses activités soient "en harmonie" avec la mission de l'Eglise catholique.

Au fil des ans, des scandales retentissants ont entaché la réputation de l'IOR, des milieux criminels ayant profité de l'anonymat ou de prête-noms pour y blanchir leurs fonds.

Le plus important avait été en 1982 la faillite du Banco Ambrosiano, un scandale bancaire qui mêlait CIA et loge maçonnique. L'affaire Enimont (1993) de pots-de-vins à des partis politiques italiens a aussi éclaboussé l'IOR et plus récemment, le tribunal de Rome a détecté des cas de blanchiment d'argent mafieux à travers les arcanes de la banque.

Six transactions suspectes en 2012

Le Suisse René Brülhart, conseiller de l'Autorité d'information financière (AIF) qui supervise l'IOR, a indiqué que six transactions suspectes avaient été signalées en 2012.

L'IOR gère 19'000 comptes appartenant en majorité au clergé catholique, soit environ sept milliards d'euros, et donc aussi bien ceux de la soeur philippine qui fait ses études à Rome que des évêques et cardinaux ou de certains diplomates, ainsi que les transferts d'argent des congrégations religieuses.

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