Début du procès dit le "Nuremberg roumain" à Bucarest

Le procès du commandant de l'une des plus brutales prisons communistes roumaines, accusé de crimes contre l'humanité, a débuté mercredi à la Cour d'appel de Bucarest. Près de 25 ans après la chute du régime totalitaire, la justice demande pour la première fois des comptes à un dirigeant de prison ou camp de travail communiste dans le pays.

Plus de 600'000 personnes - intellectuels, opposants politiques, officiers ou prêtres - ont été détenues entre 1947 et 1989.

L'accusé, Alexandru Visinescu, qui aura 89 ans samedi, est arrivé au tribunal accompagné d'un de ses neveux, qui parle la plupart du temps pour lui. "A mon âge, je ne suis pas bien. Voyez dans quel état je suis !", a déclaré M. Visinescu avant d'entrer dans la salle. "Comment pourrais-je avoir confiance dans la justice après tout ce qu'on a raconté sur moi ?", a-t-il ajouté.

Risque de prison à perpétuité

Il est accusé d'avoir instauré un "régime d'extermination" à la prison de Ramnicu Sarat (est), qu'il dirigea entre 1956 et 1963. Le terrible établissement était connu, outre pour le manque de nourriture et de chauffage, pour l'isolement des détenus, condamnés au silence absolu. Alexandru Visinescu risque la prison à perpétuité.

"En tant que commandant, l'inculpé (...) a soumis les détenus politiques à des conditions de nature à entraîner leur destruction physique, en les privant de soins médicaux, de nourriture et de chauffage et en leur infligeant de mauvais traitements", selon l'acte d'accusation. Au moins 14 détenus en sont morts.

Décrit comme une "brute" par certaines de ses victimes, M. Visinescu clame son innocence et montre du doigt ses supérieurs. "Je n'étais pas responsable des règles dans la prison. Je respectais les ordres de la direction", avait-il déclaré.

Plusieurs mois voire des années

"Ce procès est particulièrement important car, pour la première fois, un instrument de la terreur communiste comparaîtra devant la justice", a indiqué le président de l'Institut roumain de recherche sur les crimes du communisme (IICCMER) Radu Preda. "Toutes proportions gardées, il s'agit d'un Nuremberg roumain", a-t-il jugé. D'autres procès devraient suivre, 35 autres tortionnaires présumés étant dans le collimateur de la justice.

/ATS


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