Le Sénat fait une révolution en rognant les droits de l'opposition

La majorité démocrate du Sénat américain a finalement mis ses menaces à exécution. En force, elle a privé jeudi l'opposition républicaine de son pouvoir quasi-illimité d'obstruction. Cette révolution a été saluée par Barack Obama, exaspéré par l'impasse politique qui domine son mandat.

L'assemblée, dominée par les alliés démocrate du président, est devenue depuis plusieurs années le symbole du blocage politique à Washington, en cohabitation législative.

Les démocrates contrôlent la Maison Blanche et le Sénat, et les républicains ont pris le contrôle de la Chambre des représentants en 2011. Depuis, le bilan législatif du Congrès est maigre, l'intransigeance des deux camps ayant provoqué des crises majeures sur le budget et la dette.

La chambre haute du Congrès, contrairement à de nombreuses autres assemblées parlementaires dans le monde, donne des droits puissants à l'opposition afin de favoriser le compromis. En pratique, la majorité simple ne suffit jamais à adopter un texte ou confirmer une nomination présidentielle: une majorité qualifiée de 60 sénateurs sur 100 était systématiquement requise.

Blocage

Or, le groupe démocrate ne compte que 55 sénateurs et les républicains ont abondamment usé de leur pouvoir dit de "filibuster", en particulier pour bloquer des nominations de Barack Obama à des postes fédéraux. Le rejet récent de trois juges nommés à une importante cour d'appel fédérale a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

"Ces cinq dernières années, nous avons assisté à une tendance à l'obstruction sans précédent au Congrès", a commenté Barack Obama à la Maison Blanche.

"Les personnes que j'ai nommées à des postes judiciaires ont attendu presque deux fois et demie plus longtemps que le Sénat vote, par rapport à celles nommées par le président (George W.) Bush.", a-t-il lancé. "Au nom des générations futures, nous ne pouvons pas laisser (cette situation de blocage) devenir la norme".

1917

Les démocrates s'étaient jusqu'à présent refusés à imposer le changement adopté jeudi pour préserver une tradition en place depuis 1917. Il abaisse le seuil pour la confirmation des candidats à des postes exécutifs (comme les ministres, ou le président de Banque centrale) ou judiciaires (les juges fédéraux) à 51 voix au lieu de 60.

La barre de 60 sénateurs ne change pas pour les juges de la Cour suprême, plus haute juridiction du pays, et la majorité qualifiée reste aussi en place pour l'adoption des lois.

Républicains sidérés

Sidérés, les républicains ont unanimement crié au scandale et prédit un empoisonnement de l'atmosphère. "On va voir plus de choix ultra partisans, le filtre qui existe aujourd'hui pour écarter ces gens-là va être moins efficace", a regretté le républicain Lindsey Graham.

Ironie de l'histoire: les démocrates, avant d'accéder à la majorité en 2006, s'étaient vertement opposés à un changement similaire, que la majorité républicaine d'alors envisageait d'imposer dans des circonstances identiques.

/ATS


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