Un salafiste soupçonné du meurtre des deux opposants

Un salafiste radical est soupçonné d'avoir assassiné les deux opposants laïques Mohamed Brahmi jeudi et Chokri Belaïd il y a quelques mois ont annoncé vendredi les autorités tunisiennes. Des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de la capitale pour dénoncer ces crimes alors qu'une grève générale a eu lieu en Tunisie.

Âgé de 58 ans, Mohamed Brahmi a été abattu jeudi de quatorze balles tirées à bout portant par deux hommes à moto. Selon les autorités et des témoins, il descendait de voiture devant son domicile de Tunis au moment du drame.

Le 6 février, l'opposant Chokri Belaïd avait été assassiné de la même façon. Son décès avait provoqué les plus importantes manifestations dans le pays depuis la chute de l'ex-président Zine el Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Vingt-quatre heures après ce nouvel assassinat, le gouvernement a publié une liste de 14 personnes, - des extrémistes radicaux, certains membres 'Ansar Ashariaa, principale organisation salafiste en Tunisie - impliquées dans les deux meurtres.

Quatre ont été arrêtées, huit sont en fuite, dont Boubaker Hakim, présenté comme le principal suspect. Deux sont en liberté conditionnelle, a précisé le ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jeddou.

Le principal accusé est un salafiste radical du nom de Boubacar Hakim, déjà recherché pour contrebande d'armes venant de la Libye voisine, a-t-il précisé.

"La même arme automatique de calibre neuf millimètres qui a tué Chokri Belaïd a aussi tué Mohamed Brahmi", a encore affirmé le ministre. A l'heure actuelle, il exclut l'implication de partis politiques dans l'assassinat des deux opposants de gauche.

L'individu a récemment échappé à la police, un manquement vivement critiqué. Béji Caid Essebsi, le chef de Nidaa Tounes, principal parti d'opposition tunisien, a imputé au gouvernement - dirigé par le parti islamiste Ennahda - la responsabilité de l'assassinat.

Funérailles nationales

Membre de l'assemblée chargée d'élaborer la nouvelle Constitution et fondateur du Mouvement du peuple (Echaâb), une formation laïque et nationaliste, Mohamed Brahmi n'avait pas ménagé ses critiques envers le parti islamiste Ennahda au pouvoir.

Sa famille a déclaré que ses funérailles auraient lieu samedi et qu'il serait inhumé près de la tombe de Chokri Belaïd. Le chef de l'Etat, le président Moncef Marzouki, a de son côté demandé à l'armée d'organiser des obsèques nationales. La journée de vendredi a été décrétée jour de "deuil national".

Manifestations et grève

A l'appel de l'opposition, des centaines de personnes sont descendues vendredi dans les rues de Tunis pour protester contre cet assassinat et contre le gouvernement.

De leur côté, les islamistes sont également descendus par milliers dans les rues de la capitale pour défendre leur gouvernement.

Les banques et les magasins de la capitale sont restés fermés et tous les vols à destination ou en provenance de la Tunisie ont été annulés en raison de l'appel à la grève générale lancé par l'UGTT, la principale centrale syndicale, a annoncé le bureau de l'aviation civile. La grève générale a eu lieu dans d'autres villes de Tunisie.

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