Nos dirigeants vivaient tranquilles avant… La Tuile !

Le journal satirique de Pierre-André Marchand fête en ce mois de septembre son demi-siècle ...
Nos dirigeants vivaient tranquilles avant… La Tuile !

Le journal satirique de Pierre-André Marchand fête en ce mois de septembre son demi-siècle d’existence, 50 ans de rigolades et d’irrévérences mais aussi de problèmes et de procès

Pierre-André Marchand aux côtés du dessinateur Guznag qui tient le premier numéro original de La Tuile ! Pierre-André Marchand aux côtés du dessinateur Guznag qui tient le premier numéro original de La Tuile !

Voilà un demi-siècle que La Tuile jette son regard caustique sur l’actualité jurassienne. Le mensuel satirique fête en ce mois de septembre ses 50 ans. Autant d’années durant lesquelles ce petit journal a passé au vitriol bon nombre de personnalités jurassiennes et d’ailleurs. Moults dessinateurs y ont usé leurs crayons, de l’épicier du coin à Guznag aujourd’hui. 50 ans de La Tuile, c’est aussi 50 ans de problèmes, d’accusations de diffamation, de noms d’oiseaux et donc… de tribunaux pour son éditeur et rédacteur Pierre-André Marchand dont la plume partait pourtant d’un bon sentiment. « Je voulais juste faire rire », à une époque où Jurassiens et Bernois ne rigolaient pas vraiment ! En septembre 1971, à la naissance du journal, ce sont donc surtout les pro-Bernois qui se font égratigner avant qu’à peu près toute la classe politique n’en prenne pour son grade, y compris Roland Béguelin lui-même. « Certains ministres… en fait surtout ceux qui se permettaient de commettre des choses indignes. Faut croire que mon indignation était partagée par pas mal de gens parce que j’ai encore entre 1'300 et 1'400 abonnés, ça fait quand même un beau grand village ! »

50 ans de La Tuile avec Pierre-André Marchand

La Tuile pique, dénonce, moque, parfois injurie… et finit souvent par faire sortir de ses gonds celui qui se la prend sur la tête. Le tout premier article du premier numéro a d’ailleurs débouché sur un procès pour avoir épinglé un conseiller municipal, dont nous ne rappellerons pas le nom, dans un scandale immobilier à Porrentruy. D’innombrables procès ont ensuite jalonné le demi-siècle du mensuel satirique, laissant quelques souvenirs mémorables. « Je me rappelle avoir traité le maire de Tavannes de nouille molle. Je le vois encore au tribunal en train de dire au président qu’il comprenait bien l’allusion mais qu’il avait eu quatre enfants ! », s’esclaffe Pierre-André Marchand. « Les procès étaient parfois des parties de rigolades incroyables. Une fois même, la juge et la greffière étaient couchées de rire sur leurs tables ! » Ca rigole, mais les défaites devant les tribunaux font parfois sauter la tirelire. Si La Tuile survit encore, 50 ans après, c’est parce que les fidèles lecteurs l’ont sauvée de la banqueroute. « Sans eux, j’aurais dû vendre ma vieille baraque ! Les lecteurs ont été fantastiques, encore dernièrement avec les 20'000 balles d’amende que j’ai pris pour deux phrases. Mais l’amitié des gens qui te soutiennent, ça te régénère », lance l’infatigable citoyen de Soulce, natif de Sonvillier et qui éditait à ses débuts depuis Courcelon.

50 ans, ça file ! 50 ans, ça file !

Quand La Tuile raye les mauvais abonnés, dont un ministre dernièrement !

Et puis il y a les autres abonnés. Ou plutôt les ex. Ceux qui ont été rayés de la liste parce qu’ils n’acceptaient pas le jeu de la satire. Dernièrement, un ministre du Gouvernement jurassien, dont nous tairons là encore le nom, en a fait les frais. Il est comme ça, Pierr’An comme l’appelle Guznag son fidèle dessinateur depuis 15 ans, entier, franc, déconneur, irrévérencieux, et censuré dès l’école pour avoir notamment brossé le portrait du directeur « pas comme ils auraient voulu ». « J’ai toujours été exclu de tous les journaux avec lesquels j’ai collaboré. Même le journal de carnaval m’a foutu dehors ! », s’amuse cette plume acérée. C’est peut-être pour ça que la relève ne se bouscule pas au portillon. Passer derrière le truculent Pierre-André Marchand n’est pas aisé. « Non, je ne me prends pas du tout au sérieux. Mais j’aimerais bien que quelqu’un soit assez fou pour reprendre La Tuile ! Je serais heureux, je lui laisse tout, même s’il n’y a pas grand-chose », sourit encore l’homme de 78 ans qui ne regrette rien de ces 50 ans de rigolades, ni de ces 50 ans d’emmerdes. Même si cette Tuile, comme il le dit si bien, « j’aurais pu l’appeler Le Boomerang, parce qu’elle m’est revenue un paquet de fois dans la gueule ». /jpi


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