La Fontaine du Suisse entame sa cure de jouvence

Depuis le début du mois, on s’affaire autour de la fontaine monumentale du Suisse à Porrentruy ...
La Fontaine du Suisse entame sa cure de jouvence

Depuis le début du mois, on s’affaire autour de la fontaine monumentale du Suisse à Porrentruy. Abîmé par le temps, l’édifice est en cours de restauration

Le travail de la restauratrice d'art Amalita Bruthus et son équipe est particulièrement délicat sur le fût, très endommagé. Le travail de la restauratrice d'art Amalita Bruthus et son équipe est particulièrement délicat sur le fût, très endommagé.

L’heure du changement a sonné pour la fontaine du Suisse à Porrentruy. Le monument est entouré d’échafaudages depuis le début du mois de mai. Attaqué par le temps et les intempéries, il doit subir une importante restauration. C’est l’atelier AReA à Porrentruy qui s’en occupe. Durant plusieurs mois, le monument emblématique de la rue des Malvoisins sera donc méconnaissable. Il perdra progressivement ses couleurs avant de les retrouver au printemps prochain. Puis ce sont deux autres fontaines de la ville et une statue qui auront droit à leur restauration. 


Une opération délicate sur le fût

L’ensemble de la fontaine passera dans les mains des artisans et restaurateurs. Mais c’est probablement le fût qui nécessite le plus d’attention. Car il a la particularité d’être encore d’origine, et date de 1558, année de sa fabrication par Laurent Perroud. Ce qui n’est pas le cas de la partie supérieure, construite en 1913. Si l’opération sur le fût de la fontaine est particulièrement délicate, c’est notamment en raison des dégradations plus importantes, mais aussi des matériaux utilisés lors de la dernière restauration dans les années 80. « Aujourd’hui, à certains endroits, c’est la peinture qui tient tout en place, explique la restauratrice d’art Amalita Bruthus. En 1980, en pensant bien faire, on a utilisé de la poudre de pierre et une résine synthétique pour restaurer certains volumes. » Malheureusement aujourd’hui ces matériaux s’effritent et emportent parfois de la matière avec eux. Pour éviter de perdre de précieuses informations, notamment sur les volumes des sculptures, il faudra donc consolider certaines parties de la fontaine afin de pouvoir les retirer sans perdre de matière pierreuse.

Amalita Bruthus : « L'idée c'est de décaper en douceur pour bien visualiser le volume »

Combler les manques, sans réinventer

Durant les prochains mois, les artisans vont donc continuer d’examiner en détail l’état du monument et les différents types de dégradations. Ils viendront ensuite consolider la pierre avant de retirer progressivement la peinture et combler ou reconstituer les parties manquantes le plus fidèlement possible. « Certaines formes reviennent plusieurs fois, comme les sirènes, on peut donc s’en inspirer, explique Amalita Bruthus, mais il y aura de toute façon une grosse recherche au niveau des archives pour trouver des photos d’avant la restauration de 1980 et avoir des exemples pour reconstituer au plus proche et ne rien réinventer, car les restaurateurs d’art détestent réinventer. »

La pause hivernale jusqu’au printemps 2025 permettra également de réfléchir au type de polychromie qui sera appliqué sur la fontaine. « On est devant un ensemble Renaissance, explique Amalita Bruthus, donc l’idée c’est de partir sur de la peinture à l’huile, avec un rendu plus brillant et satiné. » 

Autre défi, le choix des couleurs. Celles qui habillent actuellement la fontaine ont été choisies dans les années 80, et ne collent pas nécessairement à l'oeuvre d'origine. « Je ne sais pas si l’on va trouver des informations par rapport au sculpteur, comme un carnet ou un bon de commande, explique Amalita Bruthus, mais l’idée c’est de pouvoir argumenter notre choix de couleurs et ne pas juste proposer quelque chose que l’on trouve joli. »


La fontaine du Suisse ou du Banneret ?

Le monument est couramment appelé fontaine du Suisse…. ou du Banneret. Pourtant, à l’origine, c’était bien un banneret qui trônait sur le la fontaine. Derrière cette double appellation se cache en réalité une histoire plutôt rocambolesque qui trouve racine dans une aquarelle du début du XIXe siècle. « Cette aquarelle de 1803 montre le monument sans personne sur le fût, explique Amalita Bruthus. Un écrit raconte que l’on aurait déboulonné le banneret, peut-être les troupes françaises qui n’aimaient pas le symbole, et la fontaine serait restée ainsi durant presque un siècle. Un autre document indique que vers 1900 le Banneret a été restauré et réinstallé. Mais vraisemblablement, il n’aurait pas plu à la population qui l’aurait fait tomber. Mais cela reste à vérifier. Et c’est vers 1913 que l’on a commandé un beau garde Suisse. » /tna

Un banneret jugé trop moche déboulonné par la population ?

C'est un travail précis et délicat qui est demandé sur certaines parties de la fontaine, fragilisées par le temps et les intempéries. C'est un travail précis et délicat qui est demandé sur certaines parties de la fontaine, fragilisées par le temps et les intempéries.


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