Refuser de donner un chat peut vous pourrir la vie

Salle d'audience, Tribunal Porrentruy

Accusé d’attouchements suite à une banale histoire de chat, il est acquitté. Le juge pénal Pascal Chappuis a libéré un citoyen de Courrendlin de lourdes accusations mardi. Cet homme d’un certain âge comparaissait devant le Tribunal de première instance à Porrentruy pour actes d’ordre sexuel qui auraient été commis sur deux filles de 13 et 7 ans.

Personne n’a déposé plainte, mais l’affaire est poursuivie d’office puisqu’elle concerne des mineurs. Le manque de preuve, et surtout, l’incohérence et la contradiction de l’une des plaignantes ont conduit le juge Chappuis à cette réflexion : «L’accusation se tire une balle dans le pied».

Un cas qui découle de l'autre ?

«Je n’ai jamais touché une petite fille». Ce sont les derniers mots prononcés par l’accusé lors de l’audience. Un discours qu’il tient depuis le début de la procédure, il y a trois ans. «Trois ans de calvaire», dira son avocat, pour cet homme qui ne comprend pas ce qui lui arrive, et qui subit ragots et quolibets dans le village.

Tout débute lorsqu’une jeune Allemande de 13 ans veut absolument qu’il lui offre un chat. L’homme refuse, la jeune fille se vexe et évoque un abus sexuel. Surprise à l’audience: la jeune fille explique, sans émotions particulières et pour la première fois, qu’elle a été immobilisée sur le sofa et qu’elle s’en est sortie en mordant son agresseur. Le juge, l’accusé et l’avocat en tombe des nues…La police n’a retrouvé aucune trace de morsures.

L’affaire s’ébruite dans le village. Quelques temps après, l’autre fille – 7 ans au moment des prétendus faits – révèle alors avoir été touchée par l’homme, qui est l’oncle d’une «bonne copine», avec qui elle a coupé les ponts suite à une chamaillerie enfantine. Elle signale les faits deux ans plus tard à sa maîtresse d’école, peu de temps après avoir suivi un cours d’éducation sexuelle. Les parents croient aux propos de leur fille, mais pour le juge, cette dernière évoque trop de scénarios différents lors de ses auditions. Les preuves sont maigres, voire inexistantes.

La confiance du frangin

Le doute s’installe encore d’avantage avec le témoignage du frère de l’accusé, père de la «bonne copine». Ce dernier, qui a vécu quatre décennies avec son frère, est certain qu’il n’a jamais touché d’enfant, d’ailleurs il accepte toujours qu’il garde sa fille.

Face à une accusation faible en preuve et en cohérence, le juge n’a d’autre choix que de libérer le prévenu dans une affaire «qui laissera un goût amer à toutes les parties», dixit Pascal Chappuis. Il accorde 3000 francs à l’accusé pour tort moral. Les frais de l’affaire sont à la charge de l’Etat. /clo


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