Robel, jeune Érythréen intégré dont la Suisse ne veut plus

Alors qu’il apprenait le français et avait signé un contrat de travail à l’Hôpital du Jura ...
Robel, jeune Érythréen intégré dont la Suisse ne veut plus

Alors qu’il apprenait le français et avait signé un contrat de travail à l’Hôpital du Jura, Robel s’est vu retirer le droit d'asile après un revirement de politique sur les ressortissants érythréens

Robel entouré de la famille Schnetz - Noël, Audrey, Félix le chat et Céline - qui l’accueille une fois par semaine. Robel entouré de la famille Schnetz - Noël, Audrey, Félix le chat et Céline - qui l’accueille une fois par semaine.

 

Il était en passe de s’intégrer dans la société. Aujourd’hui, Robel, jeune migrant érythréen de 21 ans qui vit dans le Jura, se retrouve menacé d’expulsion. Arrivé en Suisse en 2015, il s’est vu retirer son droit d’asile suite à un revirement de politique du secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) envers les ressortissants érythréens. Entre-temps, Robel a pourtant commencé à apprendre le français et avait même trouvé un travail dans les cuisines du site de Porrentruy de l’Hôpital du Jura. Pour comprendre son histoire, Jérémie Pignard est allé le rencontrer dans une famille bruntrutaine qui l’accueille une fois par semaine :

 

Reportage

Une pétition lancée par l’association Agir Jura a rassemblé à ce jour plus de 4'500 signatures. À la suite de cette décision du SEM, Robel ne bénéficie que de l’aide d’urgence. Il touche 10 francs par jour pour se nourrir et s’habiller, mais n’a plus le droit de travailler ni même de prendre de simples cours de français. Le dispositif est prévu par la constitution mais son but social reste difficile à comprendre selon Pierluigi Fedele, directeur de l'association jurassienne d'accueil des migrants. « Pour la personne concernée, c’est l’incompréhension totale car elle a fait tout ce qu’on lui demandait en termes d’intégration. Pour les travailleurs sociaux, c’est le sentiment d’avoir travaillé pour rien. L’aide d’urgence, c’est une sorte de « no man’s land » social et humain, on ne prend pas en considération ces parcours-là. C’est la politique d’asile qu’il faut potentiellement remettre en cause », avance le directeur de l’AJAM.

Pierluigi Fedele : « Pour la personne concernée, c’est l’incompréhension totale »

Le cas de Robel a fait récemment l’objet d’une question orale devant le Parlement jurassien. « On précarise des personnes et on sait qu’on ne pourra pas les renvoyer. On marche un peu sur la tête », a plaidé la ministre Nathalie Barthoulot du haut de la tribune à propos de l’aide d’urgence qui concerne actuellement une cinquantaine de migrants dans le Jura. En effet, la Suisse ne dispose d’aucun accord de réadmission avec l’Érythrée et les renvois sont par conséquent impossibles. « Le gouvernement va tout mettre en œuvre pour résoudre la problématique de cette personne », ajoutait Nathalie Barthoulot. Contacté, le service de la population rappelle que la marge de manœuvre est très limitée. Reste qu’en août prochain, Robel pourra demander le réexamen de son dossier, cinq ans après sa première demande d’asile. /jpi


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