Le lièvre brun s’est refait une santé ces dernières années dans le Jura. Alors qu’il avait quasiment disparu il y a 30 ans, l’Office de l’environnement compte aujourd'hui quatre individus au kilomètre carré dans la région. « Pendant des années, on avait de la chance si on voyait un lièvre. Il arrive maintenant d’en voir plusieurs le même jour », appuie Jean-Bernard Chavanne, agriculteur à Coeuve. Pour préserver voire faire augmenter cette population, l'Office de l'environnement et la Fondation rurale interjurassienne (FRI) ont sollicité des agriculteurs pour mettre en place une nouvelle mesure sur les réseaux écologiques : les céréales clairsemées. Quatre agriculteurs du réseau écologique Vendline-Coeuvatte, dont Jean-Bernard Chavanne, ont accepté de jouer les pionniers.
Reportage
« On sème trois lignes sur cinq, on laisse donc deux rangs libres, ce qui permet au gibier de traverser plus facilement cette parcelle », explique l’agriculteur. Une idée venue de cantons alémaniques où la mesure a déjà fait ses preuves. Sur un champ semé « en plein », les céréales trop denses empêchent les animaux de se faufiler entre les tiges à la belle saison. Le lièvre se retrouve alors à la merci de ses prédateurs. « Le problème, c’est surtout les levreaux qui ont besoin de chaleur. Or dans ces cultures clairsemées et donc plus espacées, il y a de la place pour les mises bas et pour que les petits soient à l’abri », explique Michel Blanc, mandaté par l’Office de l’environnement pour suivre ce plan d’action. Et ça marche, soutient Luc Scherrer, en charge des réseaux écologiques pour la Fondation rurale interjurassienne. « Au printemps dernier, j’ai en effet observé de nombreux lièvres et des alouettes dans ces céréales clairsemées ».
Luc Scherrer : « Ces pionniers nous apportent un retour d'expérience très intéressant »
En appliquant cette mesure, l’agriculteur perd 40% de rendement sur son champ mais touche une prime qui en compense grosso modo 30%. Dans la pratique, le résultat n’est pas mauvais. « Pour une première année, on peut dire que l’essai est concluant parce que le rendement de cette partie clairsemée était pratiquement le même ou très peu inférieur au reste. C’est peut-être dû à cette année très moyenne en rendement dans le blé. Mais s’il n’y a pas un gros problème dans la culture dans l’année, je pense que l’on peut retrouver la perte de rendement avec la prime d’indemnisation », souffle Jean-Bernard Chavanne qui prévoit donc de reconduire l’expérience. Sur la base de ces premiers constats, la FRI devra désormais convaincre d’autres agriculteurs pour obtenir des résultats tangibles sur le lièvre à long terme. L’Office de l’environnement espère atteindre à terme six à huit lièvres au km2. /jpi








