Panatere inaugure ses fours solaires à La Chaux-de-Fonds

L’entreprise basée à Saignelégier a présenté ses deux prototypes voués à produire de l’acier ...
Panatere inaugure ses fours solaires à La Chaux-de-Fonds

L’entreprise basée à Saignelégier a présenté ses deux prototypes voués à produire de l’acier entièrement recyclé pour les entreprises de la région.

Panatere teste deux prototypes de fours solaires à La Chaux-de-Fonds. Ici, le plus grand des deux. Panatere teste deux prototypes de fours solaires à La Chaux-de-Fonds. Ici, le plus grand des deux.

Le projet est qualifié de première mondiale. Panatere a inauguré ses deux premiers fours solaires ce vendredi à La Chaux-de-Fonds en présence de nombreux invités. Cette installation a pour objectif de valoriser les déchets métalliques des entreprises de la région en produisant de l’acier entièrement recyclé, destiné à repartir dans les PME de l’Arc jurassien.

Le projet a mis une dizaine d’années à se concrétiser depuis ses prémisses, a rappelé le CEO de Panatere, Raphaël Broye. L’entreprise, basée à Saignelégier, a notamment dû surmonter la faillite de l’un de ses principaux fournisseurs, ce qui a retardé l’inauguration de plusieurs années. Aujourd’hui, Panatere compte une trentaine d’entreprises parmi ses clients, qui se situent dans un rayon de 50 km. Celles-ci trient et vendent leurs déchets métalliques en vue de leur recyclage.

Chaque année, 140'000 tonnes d’acier inoxydable sont importées en Suisse, dont 15'800 tonnes sont destinées à l’horlogerie. Raphaël Broye a également rappelé que le métal parcourt en moyenne 42'000 km en vue de son recyclage actuellement. Le projet de Panatere vise à instaurer une économie circulaire en redonnant vie à l’acier là où il est utilisé. « On peut réduire de 165 fois l’impact CO2 de la fabrication d’un kilo d’acier si on le trie, si on le recycle et si on le traite localement dans un four solaire », affirme Raphaël Broye.

Selon le CEO de Panatere, c’est la première fois qu’une telle installation est utilisée à des fins industrielles pour le secteur de la microtechnique. 

Raphaël Broye : « Ce qui est vraiment novateur, c’est d’utiliser ces fours solaires à des fins qui sont propres à la microtechnique. »

Un tel projet a aussi sa pertinence dans un contexte géopolitique toujours plus chamboulé, où la sécurité d’approvisionnement est mise à mal. « On travaille à bâtir un écosystème plus résilient et on réduit la dépendance aux fournisseurs lointains », a déclaré le conseiller d’État Laurent Favre, dans son discours.

De gauche à droite: Ilinka Guyot, conseillère communale à La Chaux-de-Fonds, Laurent Favre, conseiller d'Etat, Gilles Flamant, directeur de recherche émérite au CRNS, et Raphaël Broye, CEO de Panatere réunis pour couper un ruban un peu particulier vendredi. De gauche à droite: Ilinka Guyot, conseillère communale à La Chaux-de-Fonds, Laurent Favre, conseiller d'Etat, Gilles Flamant, directeur de recherche émérite au CRNS, et Raphaël Broye, CEO de Panatere réunis pour couper un ruban un peu particulier vendredi.

L’énergie du soleil est récupérée par un concentrateur qui rassemble la lumière sur un seul et même point, « comme si on joue avec une loupe quand on s’amusait à faire brûler les feuilles quand on était petits », image Florian Broye, le fils du CEO, également actif au sein de l’entreprise. La chaleur s’accumule ainsi dans un creuset où le métal se transforme en liquide. Le grand four peut monter jusqu’à 1'300 degrés, tandis que le second prototype, plus petit mais plus performant, peut lui atteindre des températures allant jusqu’à 1'800 degrés, selon Florian Broye.

Des déchets métalliques remis à Panatere par des entreprises de la région, en vue de leur recyclage. Des déchets métalliques remis à Panatere par des entreprises de la région, en vue de leur recyclage.

Florian Broye : « Dès qu’on a cette matière liquide en fusion, on peut […] la mouler et exploiter cette matière qui a été refondue. »

Projet d'usine destinée au traitement solaire des métaux : à Sierre ou à La Chaux-de-Fonds ?

Panatere voit désormais plus loin. L’entreprise jurassienne prévoit de construire un centre de traitement solaire des métaux à l’horizon 2028. Un projet de nouvelle usine est en route. Sur ce plan, La Chaux-de-Fonds est en concurrence avec Sierre. Les demandes de permis de construire ont été déposées en parallèle aux deux endroits, a expliqué Panatere lors de l’inauguration. L’objectif est de gagner en puissance. Pour 2025, l’entreprise prévoit de valoriser 50 tonnes de déchets. La nouvelle usine serait amenée à traiter 1'200 tonnes de matière. « Une petite goutte au milieu de l’océan des quelque 54'000 tonnes de déchets produits en Suisse » a reconnu Raphaël Broye. Toutefois, comme l’a martelé à la tribune Gilles Flamant, directeur de recherche émérite au CRNS : « il faut de la volonté, du courage et de l’intelligence pour rendre le rêve réaliste ». Et Panatere a su le faire à ses yeux.

Pour l’anecdote, le premier lingot d’acier fondu à La Chaux-de-Fonds le 6 mars 2025 à 13h21 a été symboliquement remis au conservateur du Musée international d’horlogerie (MIH) Régis Huguenin. L’institution chaux-de-fonnière abrite en effet déjà un premier lingot fourni par Panetere, qui avait été recyclé en France. Aujourd’hui, une étape a été franchie pour rendre le processus plus respectueux de l’environnement. /sbm


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